Pour certains, l'affaire est déjà pliée. Pour les autres, tout reste à faire. Deux heures après l'annonce des résultats du premier tour des législatives, Marine Le Pen a ironisé sur le score de la Nupes, qui a récolté 25,66% des voix ce dimanche 12 juin. Selon la députée du Rassemblement national candidate à sa réélection, Jean-Luc Mélenchon peut désormais "prendre sa retraite". Un argument qu'elle fonde sur les projections des instituts de sondages, selon qui la Nupes n'arrivera pas à obtenir une majorité à l'Assemblée nationale.
Sauf que pour les candidats de gauche, les jeux ne sont pas encore faits. Jean-Luc Mélenchon a immédiatement fustigé ces projections, appelant à "déferler dimanche prochain". Un argument repris ce lundi par Manuel Bompard sur LCI. Chiffres à l'appui, le candidat de la Nupes, largement qualifié dans les Bouches-du-Rhône, a affirmé que "les projections du premier tour ne sont pas les résultats définitifs du second tour". Pour preuve, en 2017, au soir du premier tour des élections législatives, "la majorité présidentielle de l'époque était annoncée avec près de 450 sièges à l'Assemblée nationale". D'après, lui, En Marche ! en avait finalement récolté "100 de moins".
C'est vrai. Lors des élections de 2017, les projections que nous diffusions le dimanche 11 juin donnaient entre 400 et 440 sièges à En marche!. Le nouveau parti du président de la République avait finalement envoyé 356 députés à l'Assemblée nationale, dont 42 grâce à son alliance avec le Modem. Ceci dit, les projections ont déjà été particulièrement fiables. Lors des législatives précédentes, en 2012, le PS et ses alliés étaient donnés en tête après le premier tour, avec 275 à 329 sièges. Une fourchette qui s'est vérifiée. La gauche avait gagné 314 sièges au second tour.
Alors, est-il vrai que "la partie n'est pas terminée", pour reprendre l'expression de Manuel Bompard? "Oui, il a raison", reconnaît Jean-Philippe Dubrulle, directeur d'étude à l'Ifop, l'institut chargé de mesurer les projections et les estimations de vote pour nos antennes. Car il faut rappeler qu'une "projection n'est pas une estimation". À l'inverse des estimations, qui s'appuient sur le décompte de bulletins dans des bureaux clés, les projections de siège relèvent du "pronostic". Et peuvent être amenées à évoluer.
Pédagogue, Jean-Philippe Dubrulle nous explique ainsi la "recette" derrière ces résultats, constituée de trois types d'informations "de nature très différentes". D'abord, quatre données "concrètes", issues des bulletins de vote. Ensuite, les "parcours des électeurs". "Ce sont toutes les informations dont on dispose à travers nos sondages, qui nous permettent de retenir les comportements électoraux de chaque camp", précise notre interlocuteur. À cet ensemble, les instituts ajoutent un troisième ingrédient, "l'analyse politique". "On projette dans chaque circonscription la manière dont se décline le rapport de force visible au niveau national".
Si les instituts s'appuient "sur des données objectives", chaque étape de la recette comporte donc "un risque d'écart". "Tous les sondeurs le diront : les projections sont réalisées de la manière la plus rationnelle possible, mais elles restent un outil assez imprécis", confie Jean-Philippe Dubrulle, dans un exercice d'humilité.
Mais au-delà de cette technique "imprécise", d'autres éléments propres à cette élection pourraient venir changer la donne. Parmi eux, les nombreuses inconnues du scrutin. Jean-Philippe Dubrulle en liste quelques-unes : "E...
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