Le monde est-il sur le point de perdre plusieurs dizaines de millions de tonnes de céréales ? Rien n'est moins sûr. Vendredi 10 juin, la présidence française a indiqué vouloir participer à une "opération" visant à lever le blocus du port d'Odessa. Entre 20 et 25 millions de tonnes sont actuellement bloquées dans ce port du sud de l'Ukraine. La proposition française est ambitieuse, certes, mais elle ne comporte aucune précision quant à l'aide que voudrait fournir Paris à Kiev pour exporter ces céréales. D'autant qu'une telle levée du blocus relève, à l'heure actuelle, plutôt d'un miracle que d'une solution réaliste...tant le nombre d'obstacles est important.
D'abord, le blocus russe doit être levé. Depuis le début de la guerre lancée par Vladimir Poutine, la Marine russe interdit le passage de tout navire sur un axe reliant Sébastopol (annexé par la Russie en 2014) à Odessa. À en croire l'Élysée, ce point aurait déjà été évoqué avec Vladimir Poutine. En effet, le président russe aurait donné son "consentement" pour l'opération de déblocage proposé par la France. Néanmoins, un tel engagement de la part du chef du Kremlin reste, comme toujours, à prendre avec beaucoup de précaution.
Par ailleurs, outre la Russie, il faut convaincre la Turquie d'Erdogan. En effet, pour pénétrer dans la mer Noire, il est nécessaire de passer par le détroit du Bosphore. Or, les relations sont tendues actuellement entre les Européens et la Turquie. Et ce, notamment en raison des demandes d'adhésions de la Suède et de la Finlande à l'Otan. Les premières négociations organisées par la Turquie sur le déblocage d'Odessa se sont soldées par un échec.
Une fois cette première difficulté passée, d'autres embûches sont encore sur le chemin de ces tonnes de céréales. En effet, Russes et Ukrainiens ont miné la totalité du port d'Odessa. "Il faudra des spécialistes, la France peut probablement y pourvoir, il y a des navires en Méditerranée. Mais, il faut d'abord un accord sur la table", estime le général Dominique Trinquand sur LCI. Selon Le Monde, jusqu'à 100 mines marines auraient immergé au large des côtes ukrainiennes.
Nouvel obstacle à cette idée, le manque d'intérêt militaire pour les Ukrainiens de déminer le port et ses alentours. "Ce n'est pas dans l'intérêt de déminer les alentours d'une région qu'ils cherchent à défendre. Les forces ukrainiennes n'ont aucun intérêt à diminuer les défenses d'Odessa qui est l'une de leurs villes les plus importantes", détaille Yoann Michel, spécialiste des questions militaires et de défense, sur LCI.
Ensuite, si un accord était conclu avec les Ukrainiens, la question qui se poserait serait celle des opérateurs choisis pour le déminage. Difficile d'imaginer que les autorités locales accepteront de laisser les Russes retirer les mines défendant la ville portuaire. Et ce, même si les sommes rapportées par de telles exportations pèsent pour beaucoup dans les revenus ukrainiens. De la même manière, il est - à ce jour - peu probable que Vladimir Poutine accepte la venue de navires militaires ou civils de pays membres de l'Otan dans la Mer noire. Et si cela venait à se faire, le risque de confrontation entre Russes et Occidentaux serait extrême, tant à l'entrée qu'à la sortie des bateaux.
À cause de ces multiples difficultés, il est pour le moment impossible de dire que le déblocage du port d'Odessa pourrait avoir lieu. Ces problématiques, les Occidentaux en sont bien conscients. Mais alors, pourquoi l'hypothèse d'un transfert terrestre n'est pas mise sur la tabl...
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