Moscou ne dispose pas seulement du pétrole et du gaz comme moyen de pression. Trois mois après le début du conflit avec l'Ukraine, Vladimir Poutine se sert du spectre d'une crise alimentaire d'ampleur pour tenter de faire lever les sanctions économiques contre son pays. Selon Kiev, la Russie, qui bloque les ports ukrainiens en mer Noire et donc les exportations de blé, n'hésite d'ailleurs même plus à dérober leurs céréales pour son profit. Une affirmation "jugée" crédible, ce lundi, par le chef de la diplomatie américaine Anthony Blinken, lors d'une conférence virtuelle sur l'insécurité alimentaire.
"Tout cela est délibéré", a assuré le représentant américain, estimant, en outre, que Moscou avait commencé à garder ses propres exportations de nourriture via le "blocus naval en mer Noire". Selon le New York Times, Washington a averti, à la mi-mai, 14 pays, en majorité en Afrique, que des cargos russes transportaient des "céréales ukrainiennes volées", une information sur laquelle s'appuie Antony Blinken.
Ailleurs, l'ambassadeur d'Ukraine à Ankara avait, dès vendredi dernier, accusé la Russie de "voler" et d'exporter des céréales ukrainiennes notamment vers la Turquie. Le président du Conseil européen, Charles Michel, a également vivement dénoncé, lundi, lors du Conseil de sécurité de l'ONU, "la seule responsabilité" de Moscou dans la crise alimentaire.
Selon Volodymyr Zelensky, 20 à 25 millions de tonnes de céréales sont actuellement bloquées en Ukraine. Et le volume pourrait tripler d'ici à l'automne prochain, a-t-il estimé lundi, face à la presse. Juste avant le début de la guerre, son pays était en passe de devenir le troisième exportateur mondial de blé et assurait à lui seul la moitié du commerce mondial de graines et d'huile de tournesol.
"Nous avons besoin de couloirs maritimes et nous en discutons avec la Turquie et le Royaume-Uni" ainsi qu'avec l'ONU, a-t-il indiqué. Le président ukrainien discute également avec la Pologne et les pays Baltes pour exporter de petites quantités de céréales par les chemins de fer, a-t-il poursuivi.
La semaine dernière, le chef du Kremlin avait assuré qu'il n'y avait "pas de problèmes pour exporter les céréales d'Ukraine". Des propos balayés par Kiev. "On ne peut pas faire confiance à Poutine", a assuré le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kouleba sur Twitter.
Depuis le 24 février, le conflit russo-ukrainien, qui oppose deux superpuissances céréalières - la Russie et l'Ukraine assurent à elles deux 30% des exportations mondiales de blé, a provoqué une flambée des cours des céréales et des huiles, dont les prix ont dépassé ceux atteints pendant les printemps arabes de 2011 et "les émeutes de la faim" de 2008.
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