"Nous continuons l'opération militaire spéciale jusqu'à la réalisation de tous les objectifs", a martelé le ministre russe de la Défense lors d'une visioconférence partiellement retransmise à la télévision. Sergueï Choïgou acte ainsi l'entrée dans un conflit de longue durée, déjà engagé depuis trois mois, alors que le Kremlin semblait au départ tabler sur une offensive-éclair.
Le ministre russe reconnaît implicitement des lenteurs, mais les attribue au souci de l'armée russe de ne pas faire de victimes civiles. Une attention humanitaire qui ralentirait "bien sûr, le temps de l'offensive, mais cela est délibéré", prétend Choïgou. Un peu plus tôt, le puissant secrétaire du Conseil de sécurité russe, expliquait dans une rare interview que les opérations militaires dureraient le temps qu'il faudra. "Nous ne courons pas après les délais", a expliqué Nikolaï Patrouchev, relevant que "les objectifs fixés par le président (Vladimir Poutine) seront remplis". "Il ne peut en être autrement, la vérité est de notre côté", a encore prophétisé ce proche de Poutine.
La Russie avait lancé le 24 février dernier une offensive générale contre l'Ukraine, qui a toutefois échoué à prendre sa capitale Kiev, et s'est redéployée sur des objectifs territoriaux au sud et à l'est du pays. L'armée russe concentre désormais l'essentiel de ses efforts sur la région orientale du Donbass, où elle progresse très lentement. Les pertes humaines russes seraient déjà considérables, parmi les 200.000 hommes engagés dans le conflit depuis trois mois, même si Moscou n'a jamais communiqué sur ce sujet. De son côté, la Douma, chambre basse du Parlement russe, prépare une loi qui supprimerait la limite d'âge pour s'engager dans l'armée, un signe qui semble attester d'une même conviction que le conflit va s'installer dans la durée.
Seuls les citoyens russes âgés de 18 à 40 ans sont actuellement autorisés à conclure un premier contrat avec l'armée. Pour les étrangers, la fenêtre est de 18 à 30 ans. Or, "pour l'utilisation d'armes de haute précision, le fonctionnement d'armes et d'équipements militaires, des spécialistes hautement professionnels sont nécessaires", donc plus âgés, selon le texte déposé à la Douma.
Cette loi permettrait donc d'aider à "attirer des spécialistes dans des domaines populaires, principalement liés aux civils (soutien médical, ingénierie, maintenance, exploitation, communications) pour le service militaire sous contrat", indique encore le document. La Russie avait lancé en avril l'appel du printemps 2022, avec pour objectif d'envoyer 134.500 jeunes dans les casernes, les autorités assurant toutefois que les conscrits ne seraient pas envoyés au front.
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