Depuis que la variole du singe est apparue en Europe, elle s’accompagne de ses théories les plus extravagantes. Après celle affirmant que Bill Gates avait prédit l’arrivée de la maladie des mois plus tôt, voici que l’on avance maintenant qu’elle aurait été annoncée dans une conférence internationale sur la sécurité, donnée à Munich en 2021.
Cette nouvelle se retrouve sur Twitter, comme sur ce compte qui la reprend avec pour conclusion "They ALWAYS tell us" ('ils nous le disent toujours), ou sur celui-ci. Elle circule aussi en français sur des chaines Telegram, où la concordance des dates, entre la prédiction faite à cette fameuse conférence et son apparition actuelle sur le continent européen, est mise en avant. Toutes ces publications s’appuient sur un document qu’elles attribuent à la Nuclear Threat Initiative (NTI), une association américaine "dont le but est de prévenir les attaques et les accidents causés par des armes de destruction massive -nucléaire, biologique, radiologique, chimique et informatique".
Ainsi, l'organisation s’associe avec des têtes pensantes pour mener à bien son action et, chaque année depuis 2018, organise un exercice d’anticipation avec la conférence sur la sécurité de Munich. Dans le cadre de ce forum annuel consacré à la sécurité internationale, la simulation réunit des dirigeants ainsi que des spécialistes mondiaux et vise à réduire "les menaces biologiques à hautes conséquences", d’après le site officiel de la conférence.
Ce dernier renvoie à un article de la NTI consacré à l’exercice. Le 17 mars 2021, 19 experts ont été amenés à réfléchir sur un scénario fictif décrivant "une pandémie mondiale mortelle impliquant une souche inhabituelle de virus de la variole du singe apparue pour la première fois dans la nation fictive de Brinia et s'est propagée à l'échelle mondiale pendant 18 mois". Cette épidémie, imaginent les parties prenantes, serait "causée par une attaque terroriste utilisant un agent pathogène conçu dans un laboratoire avec des dispositions de biosûreté et de biosécurité inadéquates et une surveillance faible".
L’objectif est de décrire l’évolution de la pandémie, de la découverte des premiers cas à la mise au point d’un traitement, et d'identifier les mesures les plus efficaces à chaque étape. En lien, le rapport final de l’édition 2021 intègre un calendrier en page 10, et anticipe la date du 15 mai 2022. Celle-ci est donc reprise en argument pour démontrer que la variole du singe était prédite dès 2021. Or, le 15 mai 2022 fait référence à l’attaque imaginée du laboratoire responsable de l’épidémie et non pas à la découverte des premiers cas. Ils surviennent dans la simulation seulement à partir du 5 juin et non pas début mai, comme c’est le cas aujourd’hui.
"Le mouvement 1 (qui se déroule le 5 juin 2022, dans le temps du scénario) commence par une épidémie inhabituelle de variole du singe à Brinia (250 millions d'habitants), avec des rapports faisant état de 1 421 cas et de quatre décès", décrit le scénario. Au Royaume-Uni, le premier cas de variole du singe a été signalé le 7 mai dernier par l’agence de sécurité de santé britannique. Depuis, plusieurs contaminations ont été observées dans le pays et sur le continent, comme une quarantaine en Espagne et au Portugal.
De plus, le scénario pensé ici est très différent de celui rencontré aujourd’hui. Il y a bien sûr la cause terroriste qui est imaginée et qui n’est pas retenue ce jour par les autorités sanitaires dans le cadre de la variole du singe. Mais aussi les conditions de son apparition. D’après l’exer...
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