Cannes en coulisses : l'Ukraine dans toutes les têtes, et ce n'est pas du cinéma...

LCI - 20/05
[VIDÉO] - Le 75e Festival de Cannes se déroule du 17 au 28 mai prochain. Tous les jours, notre envoyé spécial vous livre son regard, de l’intérieur, sur le rendez-vous préféré des cinéphiles. Ce jeudi, on vous parle de l'omniprésence de la guerre en Ukraine dans ce début de festival.

Le 75e Festival de Cannes se déroule du 17 au 28 mai prochain.
Tous les jours, notre envoyé spécial vous livre son regard, de l’intérieur, sur le rendez-vous préféré des cinéphiles.
Ce jeudi, on vous parle de l'omniprésence de la guerre en Ukraine dans ce début de festival.

D’ordinaire, un séjour à Cannes a cet effet étrange sur mon cerveau : au fil des heures et des jours, le monde extérieur disparaît peu à peu pour ne devenir qu’un vague souvenir, à peine troublé par les notifications de mon téléphone portable. Parler des films que j’ai vus, ceux que j’ai adorés, ceux que j’ai détestés, raconter les stars que j’ai croisées, les rencontres improbables aussi, devient le lot quotidien d’un événement qui a les vertus d’une "bulle" salvatrice lorsqu’on est un peu, beaucoup accro aux réseaux sociaux, comme moi.

Cette année, impossible. La guerre en Ukraine est dans toutes les têtes et nous est rappelée tous les jours, d’une manière ou d’une autre. Je pense évidemment à l’intervention du président Zelensky, lors de la cérémonie d’ouverture, qui a presque fait oublier le discours engagé de Vincent Lindon, président du jury ou candidat aux prochaines législatives, on ne sait plus très bien. Si jamais Elisabeth Borne a un doute pour le prochain ministre de la Culture...

Un coup de gueule qui interroge

Jeudi, cette connexion au réel a pris une dimension supplémentaire lorsque la fiancée du réalisateur lituanien Mantas Kvedaravicius est venue présenter Maripuolis 2, un documentaire que son compagnon tournait dans la ville martyre lorsqu’il a été tué. "Quand on a entendu parler du siège de Mariopoul, on savait qu'il y avait encore de la vie, il a dit 'il faut qu'on y aille'", a expliqué Hanna Bilobrava, brisée par l’émotion, avant d’être réconfortée par le délégué général du Festival, Thierry Frémaux.

Dans ces moments-là, on se tait et on écoute, peu importe la qualité cinématographique de l’œuvre. Je suis en revanche plus dubitatif vis-à-vis du coup de gueule d’un panel de représentants du cinéma ukrainien opposés à la présence du Russe Kirill Serebrennikov en compétition. Jeudi, sur le pavillon américain du Marché du film, ils ont exigé l’exclusion totale de toute personnalité russe de cette 75e édition, l’un d’entre eux estimant même qu’il n’y avait, aujourd’hui, "pas de bons et de mauvais Russes".

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"Êtes-vous prêts à effacer Tchekhov ou Dostoïevski ?", leur a rétorqué le réalisateur du très beau Madame Tchaïkovsky, tout en redisant son opposition à la guerre en Ukraine, lui qui a quitté son pays aux premières heures du conflit. Sa présence interroge, interpelle, scandalise peut-être. Mais elle me paraît toujours plus légitime que l’apparition sur les marches d’une influenceuse russe qui avait découpé son sac Chanel, il y a quelques semaines, en signe de protestation contre les sanctions imposées à son pays. Et si on lui décernait la Palme du mauvais goût ?

Jérôme Vermelin, à Cannes

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