REPORTAGE - Scandale des Ehpad : comment Orpea tente de restaurer la confiance

LCI - 19/05
La huitième rencontre des États généraux Orpea était organisée ce jeudi dans l'établissement de Boulogne-Billancourt. Employés et résidents étaient invités à prendre la parole. Tous ont pointé le manque de personnel pour assurer les soins et l'accompagnement nécessaires.

La huitième rencontre des États généraux Orpea était organisée ce jeudi dans l'établissement de Boulogne-Billancourt.
Employés et résidents étaient invités à prendre la parole.
Tous ont pointé le manque de personnel pour assurer les soins et l'accompagnement nécessaires.

C'est dans une petite salle de l'établissement que rendez-vous était pris ce jeudi à la Maison de retraite Orpea-Le Corbusier de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Y étaient organisés ce jeudi la huitième rencontre des États généraux Orpea. Une cinquantaine d'autres sont prévues d'ici la mi-juin dans toute l'Île-de-France pour tenter de redorer l'image du groupe, éclaboussé par les révélations du livre Les Fossoyeurs (Fayard) de Vincent Castanet. 

Les 110 résidents de la maison de retraite y étaient conviés, mais seule une petite dizaine s'y est rendue. À leurs côtés, des proches ainsi que des personnels de l'établissement. "Il s'agit aujourd'hui de discuter du grand âge, de l'accompagnement de nos aînés", annonce l'animateur. "Peut-on tout dire ?", demande-t-il à la directrice de l'établissement. La réponse fuse : "C'est l'idée principale."

"Une proie à 3000 euros par mois"

L'événement commence par la diffusion d'un film, dans lequel les réalisateurs sont allés dans toute la France à la rencontre de 89 résidents, personnels et familles, interrogés sur divers sujets. "À la question, 'Si je vous dis Ehpad ?'", la fille d'une résidente répond :"C'est une vision qui est assez triste, avec parfois une odeur épouvantable parfois." Une autre déclare : "Quand on est là, on est une proie, une proie à 3000 euros par mois." 

Face caméra, Fabienne*, une résidente, reconnaît que "parfois, la nourriture n'est pas bonne". Une autre critique les ordres, notamment quand il faut aller diner à des heures strictes. "J'aime pas trop le côté militaire." Rania, elle, apprécie que le personnel soit aux petits soins. Une aide-soignante soupire contre le timing serré de ses journées de travail. "Le côté humain va manquer, j'ai 20 minutes pour laver un patient", détaille-t-elle. Dans le film toujours, Émilie, une autre résidente, confie d'ailleurs que, depuis son fauteuil, elle "voit des veilleuses de nuit s'écrouler", épuisées. 

La séquence, plutôt courte, s'achève par une question à un jeune Marseillais : "Quel conseil pour les dirigeants d'Orpea ?" Il rétorque : "Faire ce que vous feriez pour vos propres parents."

"Quand il y a des jeunes ici, ça revit"

Interrogés après la projection, les résidents, leurs enfants ou les employés prennent tour à tour la parole. Une femme qui s'occupe de plusieurs d'entre eux regrette d'emblée le manque de temps à consacrer aux personnes âgées, notamment les animations. Elle déplore aussi le manque d'échange. "On a un temps chrono. Est-ce qu'Orpea peut embaucher ?" Selon elle, le moral est d'ailleurs bien meilleur quand des stagiaires viennent prêter main forte au personnel. "Quand il y a des jeunes ici, ça revit. Surtout le week-end, sinon, parfois, c'est mort." 

Le film "dit bien ce qu'il se passe dans chaque établissement", embraye une résidente, qui regrette pour sa part un défaut d'organisation ou d'information. "Hier, il y avait des ouvriers dans la chambre, on ne me l'avait pas dit." Denise, 86 ans, pointe, elle, "des repas pas toujours adaptés la situation". "Hier, il faisait très chaud, on nous a servi du couscous. Pourquoi ? Je ne sais pas. Est-ce une question d'économie ? Un plat de semoule, ça coûte pas cher." Sa voisine poursuit, évoquant des aliments parfois difficiles à manger quand on est handicapé. "Les pâtes, tout le monde aime, mais ici on a des spaghettis d'une longueur interminable !"  

"Des petites mamies qui errent dans les couloirs"

La fille d'une résidente indique que sa maman est arrivée ici en janvier dernier, qu'elle a aimé le côté "cocon" des lieux. Elle insiste sur le fait que toutes les maisons sont différentes au sein d'un même groupe et qu'elle est plutôt satisfaite de celle-ci. Mais relève toutefois un problème majeur, "le manque de personnel". "Entre 19h30 et 20h30, il n'y a personne dans les couloirs. Et il y a des petites mamies qui er...
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