Agriculture : "La sécheresse globale a plus d’un mois d’avance"

LCI - 19/05
[VIDÉO] - Alors que la France va enregistrer son mois de mai le plus chaud en France, les conséquences pour les agriculteurs sont déjà très importantes. Selon Serge Zaka, docteur en agrométéorologie, plusieurs centaines de millions d'euros pourraient être perdus si la sécheresse continue.

Alors que la France va enregistrer son mois de mai le plus chaud en France, les conséquences pour les agriculteurs sont déjà très importantes.
Selon Serge Zaka, docteur en agrométéorologie, plusieurs centaines de millions d'euros pourraient être perdus si la sécheresse continue.

Mai 2022 devrait être le mois de mai le plus chaud de l'histoire de France. Une mauvaise nouvelle pour les agriculteurs, pour qui la période des semis, particulièrement sensibles à la chaleur, a commencé. Selon l'agro-météorologue Serge Zaka, les professionnels du secteur auraient déjà enregistré 10 à 20% de pertes. Et cela pourrait s'accroitre, dans un contexte où le marché du blé s'emballe. Retour sur les conséquences de cette vague de chaleur sur le secteur agronome.

Quelle est la situation actuelle ?

On se dirige vers le mois de mai le plus chaud de France. L’ancien mois de mai le plus chaud, c’était en mai 2011. Là on va le battre, et pas que d’un peu. C’est aussi le 39e jour d’affilée qu’on est au-dessus des normales de saison, ce qui est, en soit, un record. Pour les précipitations, on sera dans les mois de mai les plus secs des mois de mai français. Pour l’instant, on est très sec. Au niveau des sols, on mesure l’indice hydrique entre 0 et 1. Quand on s’approche de 1, le sol est à saturation en eau et quand on est à 0, il y a plus d’eau. Là, on est entre 0,5 et 0,6, ce qui équivaut à ce qu’on observe normalement fin juin. La sécheresse globale a un peu plus d’un mois d’avance, ce qui est très conséquent. 

Qu’est-ce qu’il se passera en juin, juillet, août si les prévisions saisonnières de Météo France, qui présagent un temps sec et chaud, se confirment, sachant qu’on part avec un départ très négatif ? C’est particulièrement inquiétant. Surtout que les températures très élevées qu’on va observer ces prochains jours augmentent l’évapotranspiration, ce qui dessèche encore plus la végétation et le sol. Donc la chaleur accentue la sécheresse.

Nous ne sommes pas censé avoir ce type de temps en mai

Serge Zaka

Quelles sont les conséquences de cette situation sur les cultures ?

Historiquement, en France, nous ne sommes pas censé avoir ce type de temps en mai. Donc  les périodes les plus sensibles à la sécheresse sont au mois de mai, parce que normalement on n'a pas de sécheresse et de chaleur. On fait tout pour que la période de sensibilité et cette période de chaleur ne se croisent pas. Et cette année, malheureusement, ça se croise. Si c'est le cas seulement un ou deux jours, pas de problème. Mais là ça fait depuis 38 jours. Les conséquences sur le blé sont donc irréversibles. Elles sont d'ailleurs déjà visibles. Si un épi de blé sèche et tombe, même s’il repleut au mois de juin, c’est trop tard. Toutes les pertes qu’on a actuellement sont irrattrapables. 

Les pertes qu’on constate actuellement, sont de l'ordre de moins 10% sur les sols les plus profonds à moins 20% sur les terres les plus fragiles. Si la sécheresse continue, on pourrait descendre à des pertes beaucoup plus conséquentes qui iraient de moins 20 à moins 40% sur l’ensemble du territoire. Ça représente plusieurs centaines de millions d’euros. On sera alors vraiment dans des niveaux bas de production.

La sécheresse a grignoté 7% des surfaces agricoles depuis les années 1960

Serge Zaka

Cette vague de chaleur pourrait-elle se reproduire dans les années à venir ?

Complètement. Dans les années 1960, on avait 5% des terres agricoles en France qui étaient concernées par la sécheresse. Dans les années 2010 à 2020, on en avait 12%. Donc la sécheresse a grignoté 7% des surfaces agricoles depuis les années 1960. C’est une tendance de fond, et dans les années 2050, cette tendance dépassera surement les 20%. Il va falloir dès maintenant qu’on réfléchisse, s’adapte pour atténuer cet impact. Il faut transformer les conclusions de recherche en action terrain et c’est là où c’est le plus difficile.

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