Le nouveau visage de la mondialisation

Gérard Horny - Slate FR - 17/05
Avec la pandémie de Covid-19 et l'invasion de l'Ukraine, le commerce mondial est profondément perturbé. Faut-il y voir les premiers signes d'une démondialisation que certains appellent de leurs vœux? Ce serait aller un peu vite en besogne.

En publiant, en 1999, un ouvrage intitulé La Mondialisation heureuse, Alain Minc, avec un sens aigu du marketing, avait délibérément choisi le qualificatif qui allait le plus choquer la majorité de la population et conduire à un succès assuré en librairie.

Certes, les dirigeants des grandes entreprises cotées qui se pressent dans son cabinet de conseil partageaient cette opinion, mais Alain Minc savait pertinemment que la mondialisation était douloureusement ressentie par certaines catégories sociales. Quand on voit les machines de son usine démontées pour être installées en Europe de l'Est ou en Turquie, là où la main-d'œuvre est moins chère, l'adjectif «heureuse» n'est pas celui qui vient le plus spontanément à l'esprit pour qualifier la mondialisation. Quand on déforeste l'Amazonie pour produire du soja qui viendra alimenter nos volailles, il est difficile de penser qu'il s'agit là d'une heureuse complémentarité entre deux écosystèmes.

En réalité, la mondialisation, si l'on en fait un bilan exhaustif, n'est ni heureuse ni malheureuse, elle est les deux «en même temps», si l'on ose employer cette formule très connotée depuis la campagne présidentielle de 2017. Ainsi que l'ont notamment montré les travaux de François Bourguignon, ancien économiste en chef de la Banque mondiale, elle a beaucoup contribué à réduire les inégalités entre pays en développement et pays développés, mais elle a aussi creusé les inégalités à l'intérieur des pays,...
[Courte citation de 8% de l'article original]

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