Le RN a-t-il intérêt à se normaliser comme l'extrême droite italienne?

Gaël Brustier - Slate FR - 02/05
Seul contre tous, le Rassemblement national a obtenu une nouvelle fois un score historique sans parvenir à l'emporter. L'exemple du MSI italien pourrait lui donner quelques idées d'évolution.

Faut-il intégrer les partis «anti-système» pour les faire changer? Faut-il tendre la main à ceux que l'on considère souvent de longue date comme illégitimes? Renforce-t-on le cadre démocratique en acculturant ses contempteurs à ses règles et principes? Ces questions sont d'ailleurs réversibles. À quel moment doit-on expulser un parti du jeu politique et des logiques d'alliance?

Obtenant un score record le 24 avril, Marine Le Pen n'a pourtant pas manifesté la moindre intention de faire des concessions relatives aux points les plus problématiques de son programme… sans doute parce qu'ils constituent l'identité et le cœur de métier du FN/RN.

Intégrer les marges politiques

Lorsqu'une démocratie parlementaire chancelle, lorsque les tensions s'exacerbent, l'intégration au «jeu» politique et aux institutions des marges vivant hors le périmètre des partis de gouvernement installés peut se poser. La question se présenta très tôt à propos du Mouvement social italien (MSI). Au cœur des années de plomb italiennes, de l'extérieur du mouvement néofasciste comme de l'intérieur, l'idée fit son chemin que la «destra» pourrait engager un processus de normalisation; le terrorisme d'extrême droite ayant ouvert un second front, des démocrates sans connivence avec le MSI émirent cette idée. Marco Panella, adversaire résolu de ce mouvement, prit la parole en 1982 au congrès néofasciste, revendiquant sa volonté de sortir ce parti de sa ghettoïsation.

Évidemment frappé d'illégitimité historique du fait de ses origines puisant dans la République de Salò, le MSI entrevoyait une fenêtre d'opportunité. Son chef fut consulté quelques années plus tard par le président Cossiga dans le cadre de la formation d'un nouveau gouvernement. À Fiuggi, le 27 janvier 1995, le MSI s'effaça au profit d'Alliance nationale (AN), parti conservateur qui répudie les références au fascisme et ne conserve officiellement qu'une vision orientée de l'histoire de cette doctrine.

Ce tournant («la svolta») est décisif et permet à AN de participer par la suite aux différents gouvernements. Son président, Fini, répudia les horreurs du régime mussolinien, se rendit à Yad Vashem et, après sa campagne romaine de 1993, ponctuée par des saluts romains et par des diffusions d'«Inno a...
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