Notre outil nucléaire de production d'électricité vient de manquer un rendez-vous historique, celui qui l'aurait légitimé, une fois pour toutes, ouvrant la voie à son renouvellement et à son développement. C'est en effet alors qu'un empilement inédit de contingences affecte notre environnement géopolitique et met en évidence la dépendance énergétique de l'Europe à des partenaires hostiles, que nos électrons nucléaires nationaux font défaut. Début avril, seuls trente-trois réacteurs sur cinquante-six étaient en fonctionnement, les autres étant en arrêt pour rechargement du combustible ou maintenance (dont huit en relation avec les phénomènes de corrosion sous contrainte).
Mais si cette situation est dommageable, elle n'est pas irréversible: sortir de l'ornière n'est pas inaccessible, le fort potentiel de l'outil est intact, la mobilisation actuelle d'EDF et de ses contractants devrait lui permettre de donner à nouveau toute sa mesure. Mais un plein recouvrement prendra du temps.
La pandémie de Covid-19 et la désorganisation de l'activité qu'elle a engendrée ont frappé de plein fouet la flotte nucléaire hexagonale, engagée dans une phase connue du public comme le «Grand Carénage», par analogie avec les travaux lourds menés dans les chantiers navals pour donner une seconde vie à des navires. Cette campagne avait été soigneusement planifiée de longue date, chaque réacteur étant rendu indisponible durant six mois environ, avec une cadence augurée de quatre et cinq chantiers par an.
Mais les plannings «horlogers», qui couraient sur plusieurs années, ont vite cédé devant les contraintes sanitaires (indisponibilité des acteurs, complexification organ...
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