Tant que nous considérerons l’écologie comme un sujet parmi d’autres, nous continuerons de nous fourvoyer. Après avoir été la chasse gardée des seuls spécialistes de l’environnement, tous les partis politiques et les décideurs économiques se sont récemment emparés avec plus ou moins d’habileté de la "question écologique". Formidable ! Serions-nous tentés de dire, enfin ce thème vital est reconnu à la hauteur des enjeux attenants. Que nenni : force est de constater que nous sommes plus dans le registre de la posture ou de la case à cocher, que dans la prise de conscience du véritable rôle du vivant et des écosystèmes dans notre fragile subsistance.
Partout dans les médias, les incohérences foisonnent, sans que la plupart ne s'en étonne ! Le "en même temps" est de rigueur et ne semble pas poser de problème à ceux qui en usent et même en abusent. Florilège : "Vite distribuons des chèques énergie, bloquons les prix des carburants ou baissons les taxes sur les énergies fossiles, mais respectons l’Accord de Paris" ; "Promouvons des politiques d’économie d’énergie, mais relançons frénétiquement la consommation dans tous les secteurs" pour mieux rembourser nos dettes (?) ; "diminuons le volume des matières premières indispensables à tous les business même les plus immatériels, mais faisons de l’augmentation du pouvoir d’achat notre principale promesse pour des jours meilleurs" ; "arrêtons les centrales thermiques au gaz et au charbon, mais limitons les parcs d’éoliennes" ou alors enterrons-les pour qu’elles ne se voient pas (?)… on pourrait continuer cette liste à l’infini.
"L’ignorance, l’intérêt ou la certitude idéologique d’une majorité ne pèsent rien face à la réalité de l’effondrement de la biodiversité et de l’emballement climatique qui se déroulent sous nos yeux
Fabrice Bonnifet
Einstein disait que "la folie, c’est se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent". Nous y sommes. Nous pensons pouvoir tout résoudre, à commencer par la crise climatique, mais sans véritablement rien changer. Croire une seule seconde que notre futur va être une continuité linéaire du passé avec des dérèglements climatiques mortifères qui s’exacerbent un peu plus chaque jour partout dans le monde, relève soit de l’inconscience, soit de l’incompétence, voire des deux. Croire que l’humanité va pouvoir se passer de plus de 80% de son approvisionnement en hydrocarbures en moins d’un quart de siècle, sans conséquence sur nos modes de vie, est le summum de l’hypocrisie.
Non, l’écologie n’est pas un sujet comme les autres que l’on peut traiter spécifiquement, indépendamment des autres sujets. La vérité scientifique a pour signe la cohérence et l’efficacité, la "vérité" politique, c'est surtout dire ce que les gens veulent entendre. Mais l’ignorance, l’intérêt ou la certitude idéologique d’une majorité ne pèsent rien face à la réalité de l’effondrement de la biodiversité et de l’emballement climatique qui se déroulent sous nos yeux.
Et si on essayait le courage, la pédagogie et la lucidité ? Quel responsable osera enfin le dire : non, nous ne pourrons pas maintenir notre économie du gaspillage, de la futilité, du superflu, du non-sens, des déchets par millions de tonnes…. tout en nous sevrant du pétrole et du gaz. Non l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables, ni même le nucléaire ne permettront de compenser la production de masse issue de la civili...
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