Dans ce débat de l'entre-deux-tours, les gestes ont été aussi scrutés que les annonces. Car pour l'un comme pour l'autre, les enjeux résidaient aussi dans leur langage corporel. Tandis que Marine Le Pen devait faire oublier sa prestation de 2017, Emmanuel Macron devait se garder de propos blessants, comme son quinquennat en avait été ponctué. La mission a-t-elle été réussie ? Olga Ciesco, experte en communication non verbale, nous donne son analyse.
Dès le début du débat, la posture d'Emmanuel Macron a surpris. Alors que Marine Le Pen prend la parole, le président sortant l'écoute, les coudes sur la table, le menton dans les mains. Lorsque c'est à son tour de parler, il se penche en avant, est très avancé sur son bureau et accompagne ses propos de gestes de la main. Loin d'adopter une position rigide, comme on peut s'y attendre durant un événement avec autant d'enjeux qu'un débat présidentiel, Emmanuel Macron paraît presque nonchalant.
"À travers la mobilité de ses gestes, il était énormément dans le concret, et dans l'explication", analyse Olga Ciesco. "Le fait qu'il soit plus nonchalant, ça semblait dire qu'il ne jouait pas sur le même plan qu'elle", ajoute-t-elle, précisant : "J'ai l'impression qu'il a fait un débat comme s'il était face à une personne qui n'était pas là vraiment pour être présidente, mais qui était là pour un peu le challenger, et qu'il était au-dessus de la mêlée, comme si elle était pas à son niveau".
Cette attitude a par ailleurs été renforcée par des petites remarques visant Marine Le Pen durant le débat. "Oh aïe aïe, mais arrêtez de tout confondre, c'est pas possible", lâche-t-il ainsi au bout d'une heure de débat (voir vidéo ci-dessous). À d'autres occasions, il la reprend, n'hésitant pas à la couper en baissant la voix. "Le fait de baisser la voix, ça oblige automatiquement les gens à écouter davantage. Donc ça remet la personne qui parle en posture de sachant, d'expert, de prof, de dominant, qui parle doucement, et les autres écoutent", continue l'experte en communication non verbale.
Face à Emmanuel Macron, Marine Le Pen est apparue plus solennelle. "Elle était plus droite, avait plus de verticalité", remarque Olga Ciesco, "par rapport à il y a cinq ans, c'est le jour et la nuit. Elle a réussi son pari dans le sens où elle a effacé le côté pathétique qu'elle avait". Effectivement, finis les grands gestes et le côté confus qui lui avaient été reprochés lors du débat de 2017. La candidate tente d'exposer ses idées calmement, ce qui n'empêche pas certaines hésitations.
Car contrairement à Emmanuel Macron, il y avait moins d'explications, ce qui s'est ressenti à travers son langage corporel. "Au niveau du non-verbal, elle était cohérente. Mais elle avait moins de gestes, elle était plus dans le débat d'idées et l'image", précise Olga Ciesco, pour qui, si le langage corporel est important, s'accompagne malgré tout du discours développé. Ce contrôle n'a pas empêché l'experte de remarquer certains jeux de main de la part de la candidate du Rassemblement national (vidéo ci-dessous).
Celle-ci s'est notamment souvent tenue les mains devant elle, avec les index pointés vers Emmanuel Macron. "On est comme ça naturellement quand on est en attaque ou en défense", observe Olga Ciesco, qui analyse ce geste comme une manière pour Marine Le Pen de retrouver un point d'ancrage en amont ou face à une attaque du président candidat.