C'est une version de l'Europe "à la carte". Marine Le Pen veut rester dans l'Union européenne, tout en la modifiant "profondément". Car, comme elle l'a rappelé au cours du débat de l'entre-deux-tours ce mercredi 20 avril, elle est en "désaccord" avec "toute une série de politiques" de l'espace commun. Parmi elles, celle des "travailleurs détachés".
"Des milliers, des dizaines de milliers, des centaines de milliers même, de travailleurs détachés viennent dans notre pays, travaillent et leurs charges ne sont pas payées en France", a-t-elle lancé à son adversaire dans la course à l'Élysée. Ce que le principal concerné a rejeté, considérant pour sa part qu'il y a en France "environ 500.000 tâches qui correspondent à environ 50.000 travailleurs détachés".
Par ailleurs, la candidate du Rassemblement national a souligné qu'à ses yeux, ce dispositif correspondait à une "perte nette pour notre pays" et à la création d'une "préférence étrangère à l'emploi". Un constat avec lequel son adversaire tombe d'accord, une fois n'est pas coutume. Ceci dit, le président-sortant a rappelé que quitter cette "préférence nationale", revenait à signer "la fin du marché unique européen". "Vous ne pouvez pas dire, quand un Bulgare vient travailler en France, je veux qu'il paye ses impôts en France, et demander que nos travailleurs Français continuent d'aller en Allemagne et en Belgique. Car c'est ce qu'il se passe aujourd'hui".
Alors, qui dit vrai sur les chiffres ? Et combien de Français traversent les frontières pour aller travailler ? Nous faisons le point.
Pour rappel, le statut de travailler détaché, en place depuis 1996, désigne un salarié qui part travailler dans un autre pays européen durant une période limitée. Particularité de ce statut : les cotisations sociales payées par l'employeur correspondant au pays d'origine du salarié, et non au pays où il exerce son activité. Ce statut existe non seulement en Union européenne, mais aussi en Suisse, en Islande et en Norvège.
Or, selon le dernier rapport de la direction de l'Animation de la recherche, des Études et des Statistiques (Dares), 261.300 salariés ont été détachés au moins une fois en 2019. Un chiffre qui donne raison à Marine Le Pen. Cependant, Emmanuel Macron n'est pas réellement dans le faux. Dans son rapport publié en juin, la Dares souligne en effet que ce chiffre ne correspond pas à un emploi salarié complet, étant donné qu'une minorité de travailleurs restent dans l'Hexagone sur l'ensemble de l'année. Elle propose donc en parallèle une estimation du nombre moyen de salariés détachés travaillant "en permanence" en France. Et selon son évaluation, le nombre de travailleurs détachés correspond en moyenne sur l'année à "un volume d'emploi détaché de 72.600 salariés". Soit un peu plus que le chiffrage du candidat à sa réélection.
Quant aux nombres de Français détachés à l'étranger, il y en a eu 123.000 en 2019, d'après le Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale (Cleiss). Comme l'a souligné le locataire actuel de l'Élysée, ils se sont majoritairement rendus en Allemagne et en Belgique. Mais aussi en Espagne et en Italie.
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