À une dizaine de jours du second tour, le bilan d’Emmanuel Macron est autant vanté par ses alliés que critiqué par le camp adverse du RN. Sur le sujet de l’emploi, des chiffres divers, et parfois contradictoires, ont pu être mis en avant. Dernièrement, le gouvernement insiste sur la création d’un million d’emplois depuis cinq ans, tandis que Marine Le Pen lui rétorque qu’il y a autant de chômeurs qu’en 2017. Derrière ces chiffres, des surestimations et différentes interprétations. Mais un constat global ; celui d’une amélioration sur le marché du travail. Explications.
"On a créé un million d’emplois" sous le quinquennat : après Bruno Le Maire, c’est au tour de Gérald Darmanin de brandir ce chiffre faisant office de bilan. Et c’est quasiment le cas, d’après l’Insee. Au deuxième trimestre 2017, au moment où Emmanuel Macron a été élu, on comptait 24,94 millions d’emplois salariés en France. Au dernier trimestre 2021, on en dénombre 25,89 millions dans le pays. Entre ces deux périodes, plus de 950.000 emplois salariés ont donc été créés, un chiffre proche de celui évoqué par le gouvernement.
De son côté, Marine Le Pen met en avant les chiffres du chômage et assure que le nombre de chômeurs est identique à il y a cinq ans : "Il y a 5, 7 millions de chômeurs en France, autant que quand Emmanuel Macron a été élu, et ça n’est pas de leur faute. C’est parce que la politique économique qui a été menée dans le pays est une mauvaise politique économique". La candidate renvoie ici aux statistiques de Pôle emploi. En effet, 5,65 millions de personnes étaient inscrites auprès de l’organisme au dernier trimestre 2021 dans les catégories A (aucune activité), B (activité réduite de moins de 78 heures) et C (activité réduite de plus de 78 heures). Plus de quatre ans plus tôt, au deuxième trimestre 2017, elles étaient 5,86 millions à être inscrites à Pôle emploi.
En évoquant ces plus de 5,7 millions de chômeurs, Marine Le Pen intègre donc les demandeurs d’emploi qui ont une activité réduite. Ce qui n'est pas forcément le cas : l'Insee, au sens du Bureau International du Travail (BIT), retient seulement ceux n'ayant pas travaillé du tout la semaine de référence et recherchant activement un emploi. Au total, cela concerne fin 2021 2,23 millions de personnes. La candidate intègre aussi à son calcul les Outre-mer (sauf Mayotte, faute de données chez Pôle emploi). Souvent, les données sur le chômage ne renvoient qu’à la France métropolitaine. Mais elle se trompe en affirmant que les chômeurs sont aussi nombreux aujourd’hui qu’à l’élection d’Emmanuel Macron : sur les catégories A, B et C, ils sont 210.000 de moins entre la mi-2017 et la fin 2021.
Maintenant, comment expliquer que la création de quasiment un million d’emplois ne réduise pas plus le nombre de chômeurs en France ? Pour Matthieu Plane, directeur adjoint du département analyses et prévisions de l’OFCE, les deux chiffres avancés par chaque camp "sont réconciliables". Il serait en fait logique que le chômage baisse moins que l’emploi : "La population active (les personnes en emploi et les chômeurs, ndlr) augmente. Cela veut dire que pour maintenir le chômage constant, il faut créer des emplois. Une création d’emploi ne va pas faire forcément un chômeur en moins".
Les chômeurs sont donc moins nombreux qu’il y a cinq ans, mais qui cette baisse concerne-t-elle ? Plutôt ceux sans aucune activité, et donc les plus éloignés de l’emploi, constate Matthieu Plane : "Si on regarde les catégories A, qui ne travaillent pas du tout, de mai 2017 à février 2022, on en a 527.000 en moins. Si on inclut les catégories B e...
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