"Aujourd'hui, un tort a été corrigé", a réagi ce jeudi depuis Bruxelles le secrétaire d'État américain, après le vote de l'Assemblée générale de l'ONU. Cette dernière a suspendu la Russie du Conseil des droits de l'Homme. "Un pays qui commet des violations flagrantes et systématiques des droits humains", a développé Anthony Blinken en marge d'une réunion de l'Otan, "ne devrait pas siéger au sein d'une instance dont la mission est de protéger ces droits". Mais si l'ONU a bien privé la Russie de son siège, comme le prévoyait la résolution soumise au vote par les États-Unis, seuls 93 pays ont voté pour, 24 contre, et 58 se sont abstenus.
L'Ukraine s'est voulue "reconnaissante" de cette décision, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, réaffirmant que les "criminels de guerre" ne devaient pas y être représentés. Son homologue russe a qualifié cette suspension d'"illégale et politiquement motivée, visant à punir de manière ostentatoire un État membre souverain de l'ONU qui mène une politique intérieure et étrangère indépendante".
Cette suspension historique - c'est la deuxième seulement dans l'histoire de l'Organisation internationale, depuis la Libye en 2011- n'a pourtant pas été votée aussi massivement que l'avait été la condamnation de l'invasion de l'Ukraine le 2 mars dernier, que 141 pays avaient condamnée, 5 seulement la défendant. Le consensus contre Moscou semble donc s'être déjà fissuré.
Parmi les pays ayant voté contre, outre la Russie et le Bélarus, figurent la Chine- qui prétend redouter qu'on ne jette ainsi "de l'huile sur le feu"- l'Iran, le Kazakhstan et Cuba. Plusieurs pays africains, sur lesquels Moscou avait mis la pression, ont en revanche choisi de s'abstenir, comme l'Afrique du Sud et le Sénégal. Ils ont toutefois déploré que la résolution "préjuge des
résultats de la commission d'enquête", créée début mars par le Conseil des droits de l'Homme. Le Brésil, le Mexique et l'Inde ont finalement, eux aussi, adopté la même position abstentionniste.
La résolution adoptée ce jeudi à New York exprime la "profonde préoccupation" de l'Assemblée générale "face à la crise humanitaire et des droits de l'Homme en cours en Ukraine, en particulier face aux informations faisant état de violations et d'atteintes aux droits de l'Homme", allusion à de nombreuses atrocités commises par les forces russes, découvertes lors de leur retrait de la région de Kiev.
Le Conseil des droits de l'Homme est le principal forum des Nations unies chargé de promouvoir ce domaine. Né en 2006, il est composé de 47 états membres, élus par l'Assemblée générale des Nations unies. Outre la promotion des droits humains, il a pour mission l'examen régulier de leur situation dans les pays membres de l'ONU.
Sur lemême thème