Sanctions contre Moscou : immobilier, haute-couture, joaillerie... L'industrie du luxe a-t-elle le blues ?

LCI - 06/04
[VIDÉO] - Depuis le début de la guerre en Ukraine il y a un mois et demi, les sanctions à l'encontre de la Russie se font nombreuses. Beaucoup ciblent en particulier le monde du luxe, afin de sanctionner les oligarques. Ces mesures ont-elles eu des répercutions sur l'industrie de ce secteur ?
L'essentiel

Depuis le début de la guerre en Ukraine il y a un mois et demi, les sanctions à l'encontre de la Russie se font nombreuses.

Beaucoup ciblent en particulier le monde du luxe, afin de sanctionner les oligarques.

Ces mesures ont-elles eu des répercutions sur l'industrie de ce secteur ?

Entêtée, Moscou se voit infliger une cinquième salve de sanctions. Alors que la guerre en Ukraine se poursuit, les 27 se sont accordés ce mercredi sur de nouvelles restrictions concernant le secteur énergétique, bancaire ou encore les transports, tandis que les États-Unis ont annoncé de nouvelles sanctions économiques et financières "dévastatrices" contre la Russie. 

Mi-mars, la Commission européenne s'en était prise au monde du luxe, afin d'empêcher les oligarques russes de dépenser leur argent. Elle avait notamment bloqué les exportations de produits tels que les voitures de luxe, les alcools, la maroquinerie ou les bijoux. Une décision similaire avait été prise peu avant par Washington. "Nous ne permettrons pas à (Vladimir) Poutine et à ses amis de continuer à vivre dans l'opulence tout en causant d'énormes souffrances dans toute l'Europe de l'Est", avait justifié la secrétaire américaine au commerce Gina Raimondo. Trois semaines plus tard, et après un mois et demi de guerre et de fragilisation de l'économie russe, le secteur du luxe s'en trouve-t-il pénalisé ?

Les Russes, modestes clients dans le marché du luxe

Si le pays peut apparaître comme une terre de prédilection pour le luxe, les oligarques faisant souvent étalage de leur forture, il ne représente en réalité qu'une part modeste du chiffre d'affaires des groupes de luxe : seulement 1% selon Kering ou Burberry, 2% d'après LVMH.

La Russie "n’est pas un marché de première importance", assure ainsi à TF1info Bruno Lavagna, auteur du livre "Géopolitique du luxe" (Éditions Eyrolles). "Les Russes représentent environ 5% du chiffre d'affaires dans le domaine du luxe, tous secteurs confondus. Donc ça ne va pas ébranler l’industrie du secteur", explique-t-il. Et d'ajouter : "À titre de comparaison, les États-Unis, c’est 20%, la Chine presque 50%."

Des transactions immobilières déjà compliquées depuis 2017

Parmi les secteurs les plus touchés, l'expert international du luxe compte l’immobilier, alors que les Russes étaient de fidèles clients de la côte d'Azur ou de stations comme Courchevel. Malgré tout, les répercutions sont selon lui minimes. Une réalité que confirme à TF1info Thibault de Saint Vincent, président de Barnes. "Depuis 2014 environ, nous ne vendons quasiment plus aux Russes", indique-t-il. Cela s'explique par un renforcement des contrôles sur leurs achats en Europe et aux États-Unis à la suite de la première crise en Ukraine, avec l'annexion de la Crimée. "Depuis cette époque, c’est plus compliqué pour eux d’acquérir des biens sans être bloqués au niveau des transactions", dit-il et "l'époque à laquelle des milliardaires russes achetaient, à des prix records, des biens d’exception dans le 'triangle d’or' parisien et les stations huppées est révolue".

De plus, les agences immobilières, sont, depuis le début de la guerre, obligées de rapporter à l'État français qu'elles sont en train d'effectuer une transaction avec une personne de nationalité russe. "L’administration laisse en général la transaction se faire et ils peuvent ensuite décider de geler ou non les comptes, en fonction de l’analyse qui a été faite du profil client. Parfois les gouvernements occidentaux font des amalgames rapides avec certaines clientèles, donc ça reste toujours risqué", assure Thibault de Saint Vincent.

Nous avons enregistré 22 demandes d’achat d’Ukrainiens récemment.

Thibault de Saint Vincent, directeur de Barnes

Si les Russes confiaient cependant relativement souvent leurs biens à la vente au réseau d'agences immobilières Barnes, ils ne représentaient en fin de compte qu'environ 1,5% des mandats signés et moins de 0,5 % des transactions en général. "Donc la guerre en Ukraine a, du côté russe, très peu d’impact", conclut Thiba...
[Courte citation de 8% de l'article original]

Loading...