Son parcours en détention interroge. L'administration pénitentiaire a-t-elle failli en laissant Franck Elong Abé, ce détenu particulièrement signalé, côtoyer librement les autres personnes incarcérées à la maison d'arrêt d'Arles ? Parmi lesquelles Yvan Colonna, incarcéré pour l'assassinat du préfet Erignac en 2003, qu'il a agressé violemment le 2 mars ?
Selon les documents consultés par TF1info, Franck Elong Abé, 36 ans, arrêté en Afghanistan et condamné notamment pour "association de malfaiteurs terroriste", était loin d'être un détenu modèle. Incarcéré depuis l'automne 2019 à la maison centrale d'Arles (Bouches-du-Rhône), après un parcours chaotique dans trois autres établissements, le trentenaire, mis en examen pour assassinat après la mort du berger de Cargèse le 21 mars, n'y est pas passé inaperçu.
Interpellé parmi les combattants Haqqani (groupe armé islamiste faisant partie des talibans) en Afghanistan le 17 octobre 2012 par les Américains, Franck Elong Abé a été remis à la France en 2014. Placé en détention provisoire, il se fait remarquer l'année suivante à l'occasion d'une prise d'otage en vue d'une évasion. Durant cet événement, il séquestre et menace une infirmière.
Il est ensuite jugé puis condamné en 2016 à une peine de neuf ans d'emprisonnement pour "association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme".
Avant d'arriver à maison d'Arrêt d'Arles, Franck Elong Abé passe par les prisons de Vendin-le-Veil, Condé-sur-Sarthe et brièvement par Nantes. Placé à l'isolement "en raison de la multiplication des incidents disciplinaires liés au refus de l'intéressé de se soumettre au règlement intérieur", il réintègre la détention ordinaire puis repart à l'isolement dans le premier établissement avant d'en être exclu.
Même scénario à Condé-sur-Sarthe où son "comportement inadapté" est remarqué et les incidents nombreux. Parmi les éléments relevés : "tapage, découverte de barres métallique dans sa cellule, appels à la prière, dégradation et incendies volontaires", selon les documents consultés par notre rédaction.
Transféré le 17 octobre 2019 à la maison centrale d'Arles, Franck Elong Abé est affecté à l'isolement une nouvelle fois. Là, il aurait, selon l'administration pénitentiaire, "affiché un comportement adapté qui tranchait avec son passé disciplinaire" : "Il adoptait un positionnement correct avec le personnel, respectait le règlement intérieur et communiqué aisément avec les agents". Sportif, il sort peu de sa cellule, et "écoute les consignes". Son parcours à l'isolement est décrit comme "très satisfaisant". Il sort de l'isolement le 30 avril 2020 et se met à fréquenter d'autres détenus, parmi lesquels Yvan Colonna, dans les lieux dédiés au sport notamment. Il devient par ailleurs "auxiliaire sport" et travaille de 7h30 à 11 heures du matin.
Selon les documents internes, Franck Elong Abé, depuis son arrivée à la maison centrale d'Arles et sa sortie du quartier d'isolement, "n'a pas fait preuve de violence physique à l'encontre de quiconque". Seules "deux violences verbales" sont relevées.
Pourtant, plusieurs signaux auraient dû alerter. Ainsi, dans un rapport de la commission pluridisciplinaire unique (CPU) du 12 mai 2020, une conversation téléphonique entre Franck Elong Abé et son oncle est signalée. Il y dit que sa mère "est une mécréante, que les imams sont des espions et que le coronavirus n'existe pas".
Le détenu se renseigne également pour "savoir ce que sont devenus tous ses frères", anciens combattants comme lui en Afghanistan. En septembre de la même année, la commission estime qu'il y a "peu de chance" qu'il passe à l'acte en détention.