Si le président sortant conserve son avance dans les enquêtes d'opinion, l'écart avec sa première concurrente Marine Le Pen se resserre de jour en jour. D'après le sondage rolling de l'Ifop-Fiducial pour LCI, la candidate du RN obtient son plus haut score depuis le début de l'année au premier tour : 21% d'intentions de vote, contre 27,5% pour Emmanuel Macron.
Dans les sondages de 2017, elle était toutefois créditée de deux points de plus en moyenne avant le premier scrutin. Mais c'est dans le scénario d'un face-à-face contre le candidat d'En Marche au second tour qu'elle réalise un résultat record : il l'emporterait avec une très courte marge, 53% contre 47%.
Un candidat d'extrême droite n'a jamais été placé aussi haut dans les sondages de second tour : "C'est complètement inédit, un palier a été franchi", commente Frédéric Dabi, directeur général Opinion de l'Ifop. Lors d'un sondage Ifop pour Le Figaro en septembre 2014, Marine Le Pen battait François Hollande, le président sortant, mais cela restait une simple enquête d'intentions trois ans avant le vote, auquel le chef d'État socialiste n'avait d'ailleurs pas candidaté.
En 2017 en revanche, Emmanuel Macron et Marine Le Pen étaient déjà finalistes : "L'écart le plus serré qu'on n'ait jamais connu, c'était 60% contre 40% à la faveur du candidat d'En Marche, dans un sondage à la veille du débat de l'entre-deux tours, funeste pour Marine Le Pen", explique le sondeur. Ce débat, qui avait eu lieu le 3 mai 2017, avait été "raté" par la candidate du RN de son propre aveu, la faisant chuter dans les sondages. Lors du scrutin, elle avait obtenu 34% des voix. Mais la députée du Pas-de-Calais a depuis appris de ses erreurs : "Un scénario un tiers contre deux tiers des voix est désormais inenvisageable".
Depuis 2002, date à laquelle l'extrême droite est arrivée pour la première fois au second tour, la progression de celle-ci est marquante. Le Front National de Jean-Marie Le Pen grimpait à ce moment-là à 20% en moyenne des intentions de vote dans les sondages face à Jacques Chirac, et avait échoué au scrutin avec 18% des suffrages. "Face à l'irruption surprise du candidat, on avait assisté à un tel renfort de participation, que le vote FN avait été noyé", explique Frédéric Dabi. Ce renfort s'était déjà érodé en 2017, et risque de l'être plus encore cette année.
Et pour cause, dès le mois de septembre, Marine Le Pen a misé sur la thématique du pouvoir d'achat, une stratégie gagnante. La dédiabolisation de son parti s'est aussi accélérée, grâce à l'entrée en campagne de son rival de Reconquête!, Eric Zemmour. "Son image a considérablement changé, puisqu'elle lui a redonné le costume de l'extrémisme et s'est ainsi recentrée sur le spectre politique", détaille le sondeur.
Mais au second tour, la candidate RN pourrait aussi profiter du socle électoral de l'extrême droite, qui s'est élargi ces dernières années. Au premier tour, si l'on additionne ses scores à ceux d'Eric Zemmour et à ceux du candidat souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, qui l'avait soutenue au second tour de 2017, on obtient jusqu'à 33% d'intentions de vote, soit plus que ceux du favori Emmanuel Macron. "C'est du jamais vu, mais l'addition reste discutable puisqu'ils refusent tous de se placer à l'extrême droite", signale le spécialiste. Quoi qu'il en soit, Marine Le Pen pourrait récupérer ces électeurs dans l'hypothèse d'un second tour.