"Moderne" mais "vide" : la web-série de campagne "façon Netflix" d'Emmanuel Macron est-elle réussie ?

LCI - 24/03
[VIDÉO] - Le président sortant diffuse chaque vendredi sur YouTube un épisode sur les coulisses de sa campagne. Malgré des images à l'esthétique léchée et un ton intimiste, le format reste assez vide de contenu, décrypte Philippe Moreau-Chevrolet, spécialiste de la communication politique.
L'essentiel

Le président sortant diffuse chaque vendredi sur YouTube un épisode sur les coulisses de sa campagne.

Malgré des images à l'esthétique léchée et un ton intimiste, le format reste assez vide de contenu, décrypte Philippe Moreau-Chevrolet, spécialiste de la communication politique.

Les premières images de la web-série posent le décor : la cour de l'Élysée, filmée depuis l'intérieur du palais. Puis très vite, on suit le chef de l'État qui grimpe les escaliers vers son bureau, avec à ses pieds son chien Némo, s'installe à sa table et se confie à quelques centimètres de la caméra, en chemise, sur les raisons qui l'ont poussé à se présenter pour un nouveau mandat. Des images filmées à l'épaule, qui tanguent légèrement, avec des plans serrés sur son visage, un montage rapide, des choix de musique finement orchestrés : les clips de campagne d'Emmanuel Macron, empruntent tous les codes d'une série documentaire moderne. 

Ces vidéos de quelques minutes sont publiées chaque vendredi à 18h sur la chaîne YouTube de sa campagne. Sur le mode du feuilleton découpé en épisode, "Le Candidat" plonge le spectateur en immersion dans les coulisses de la course à l'élection au plus près du président sortant, lorsqu'il mobilise ses troupes, présente son programme en conférence de presse et se raconte entre deux sur le chemin, sur la banquette de son taxi ou le temps d'une courte promenade nocturne sur les quais de Seine, l'occasion d'échanger quelques mots avec les passants. 

"On est dans l’intimité du candidat : l’idée est de le rendre aimable et proche, puisqu’il se voit souvent reprocher d’être loin des préoccupations des Français et de manquer d’empathie", décrypte Philippe Moreau-Chevrolet, spécialiste de la communication politique et professeur à Sciences Po. Des vidéos destinées à rapprocher les électeurs du chef de l'Etat, malgré une campagne lancée sur le tard, perturbée par la guerre en Ukraine, et dont il est de toute façon le favori selon les sondages.

Finement léchée, la réalisation met à l'honneur une image "très belle", à l'esthétique "très moderne", poursuit-il. Un clin d'œil aux codes des séries Netflix, avec lesquels les Jeunes avec Macron avaient déjà joué il y a quelques mois en détournant le style graphique des affiches de série. Mais cette fois, cette "atmosphère à la Versaillaise, très lisse" est bien loin des dystopies sombres et angoissantes que propose généralement la plateforme. 

"Un produit lisse, séduisant", mais "pas d'enjeu"

Autre limite de l'exercice : un scénario qui tourne vite à vide. "Chez Netflix, il y a une écriture, une histoire, du suspense... Là, le seul suspense, c'est de savoir s'il sera réélu, or cela ne fait pas grand doute", estime le spécialiste. "Cela reste un clip publicitaire, donc un peu vide, sans beaucoup d'intérêt. Lors du concours d'anecdotes tournée avec les YouTubeur McFly et Carlito, cela avait bien marché car il y avait un propos, un contenu. Là, il ne se passe rien, il n’y a pas d’enjeu !" 

D'autant que, en dépit des apparences, la mise en scène est ciselée. Le président s'adresse à interlocuteur invisible, discret derrière la caméra, si ce n'est pour poser quelques questions préparées d'avance, pour obtenir une séquence bien calibrée, mais sans jamais de confrontation. On aperçoit quelques journalistes poser des questions lors que le candidat marcheur présente son programme, le montage fait l'impasse sur ses réponses. Lorsqu'il égrène quelques propositions au fil de ses réflexions, il ne s'y attarde peu : en bref, on ne sort pas de la bulle bienveillante de l'équipe de campagne. 

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