Au musée d’Orsay, les fantômes de Sophie Calle

Baudouin Eschapasse - LePoint - 15/03
L’artiste expose un travail à la croisée de la photographie et de l’archéologie. L’occasion de raconter un épisode méconnu (mais fondateur) de sa vie.

Décembre 1978. Après un voyage de près de sept ans qui l'a menée de l'Amérique latine au Moyen-Orient, Sophie Calle est de retour à Paris. Elle erre. Sans but. Elle se cherche. Par désœuvrement, elle suit les gens dans la rue, observe les monuments, traîne dans les cafés. Quelques jours avant les fêtes de fin d'année, ses pas la conduisent sur les quais de Seine.

La jeune femme avise un grand bâtiment en travaux. C'est la gare d'Orsay. Au rez-de-chaussée, une porte en bois attire son regard. Elle la pousse. La voilà qui déboule dans un autre monde. S'ouvre devant elle un escalier monumental desservant cinq étages, de vastes salons, des cuisines et de longs corridors bordés par plus de 250 chambres. C'est l'hôtel abandonné de la gare. Désaffecté depuis la fermeture du terminal ferroviaire, le lieu, en forme de paquebot échoué sur les bords du fleuve, a quelque chose de fascinant.

Paquebot abandonné

Dans le hall de cet ancien grand hôtel d'Orsay, l'artiste découvre un mobilier hors d'âge... © Sophie Calle
« Au mois de février 1979, je suis partie suivre les pas d'un inconnu à Venise. Puis du 1er au 9 avril, j'ai invité des inconnus à dormir dans mon lit », se rappelle-t-elle. Quelques jours plus tard, Sophie Calle note dans son agenda : « Hôtel Orsay renouer. » Nous sommes le 24 avril. Elle retourne sur les lieux et découvre alors des ouvriers en t...
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