Il milite depuis plus de six décennies avec la même énergie. La veille de notre rencontre virtuelle, Bob Zellner commémorait le Bloody Sunday de Selma en présence de la vice-présidente des États-Unis Kamala Harris. Un évènement majeur dans la lutte pour les droits civiques aux États-Unis, dont il est devenu l'un des activistes les plus célèbres. Sans que personne ne puisse le prévoir.
Né en 1939 dans l'Alabama, cet étudiant blond comme les blés grandit au sein d'une famille religieuse et conservatrice. Son grand-père est membre actif du Ku Klux Klan, lui va se mobiliser contre le racisme. Une dissertation sur les relations interraciales l'amène à rencontrer Rosa Parks, qui six ans plus tôt a refusé de céder sa place à un homme blanc dans un bus.
Mis à la porte de l'université, Bob Zellner rejoint le SNCC - Comité de coordination non-violent des étudiants - dont il deviendra le premier secrétaire blanc. Une trajectoire peu commune qu’il a racontée dans un livre, The Wrong Side of Murder Creek. Publié en 2008, l'ouvrage a servi de support à Barry Alexander Brown pour l’écriture du film Un fils du Sud. Accompagné de son épouse Pamela avec qui il travaille désormais pour éveiller les consciences, le vrai héros de ce biopic engagé nous a répondu avec une franchise détonante.
Le racisme et la haine faisaient partie intégrante de notre monde dans le Sud
Bob Zellner
Comment avez-vous réagi en apprenant que votre vie allait être racontée dans un film ? Étiez-vous choqué, surpris, heureux ?
Tout ça à la fois. Mais j’avais le sentiment de ne pas en être digne parce que je n'étais pas aussi important ou héroïque que beaucoup d'autres personnes dans mon histoire. J’étais très reconnaissant que Barry Alexander Brown et Spike Lee décident de produire Un fils du Sud parce que nous avions besoin de toucher la jeune génération. C'est un bon film mais il marche bien mieux en dehors des États-Unis qu'ici. Merci à tous ceux qui iront le voir en France.
Pourquoi dites-vous que ce film trouve beaucoup plus d’écho en dehors des États-Unis ?
Certains dans notre pays essaient d'interdire les discussions sur le racisme et l'antisémitisme. Ma femme Pamela et moi travaillons avec des jeunes pour leur enseigner notre histoire raciste et génocidaire afin de renforcer notre démocratie, et même de la sauver. Hier encore (dimanche 6 mars 2022, ndlr), nous étions à Selma, dans Alabama, pour célébrer la marche sur le pont Edmund Pettus en présence de la vice-présidente des États-Unis, Kamala Harris. Notre mouvement pour les droits civiques permet d'avoir une femme de couleur à ce poste. Et elle pourrait être la première femme présidente des États-Unis. Nous sommes donc en train de faire des pas de géant en avant, alors qu’environ un tiers de notre population essaie de faire de même en arrière.
À quoi ressemblait votre vie avant d’écrire cette dissertation à l’université qui a tout changé pour vous ?
Avant d'avoir de bons ennuis, comme dirait John Lewis ? (Il rit) Je menais une vie normale dans le Sud des États-Unis, où le racisme et la haine faisaient partie intégrante de notre monde. Il était strictement divisé, selon des lignes de race et des lignes de classe. C’était parfaitement accepté, on était même encouragé à blesser ceux qui étaient "en-dessous" de nous et à toujours soutenir ceux qui étaient "au-dessus". Plus jeune, je pensais que le Sud était le seul endroit du pays où le racisme était pratiqué. Et quand j'ai intégré le SNCC et que nous nous sommes impliqués dans des activités nationales, j’ai découvert que le racisme était aussi américain que la tarte aux pommes, comme on dit chez nous.
Diriez-vous que votre rencontre avec Rosa Parks a changé votre manière de percevoir le monde ?
Rencontrer Rosa Parks a sans aucun doute changé ma vie. J'ai eu énorméme...
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