Depuis le début de la guerre, les Ukrainiens se battent aussi sur le terrain de la communication. À Odessa mercredi matin comme à Kiev quelques heures plus tard, la mise en scène était la même. Deux conférences de presse ont été données pour permettre aux journalistes ukrainiens mais aussi internationaux de poser des questions à une poignée de soldats présentés comme des Russes, capturés au combat. Si leur visage et leur voix ont été masqués dans le reportage du 20H de TF1 en tête d'article, on distingue en revanche nettement les militaires ukrainiens qui encadrent la séance, parfois une arme à la main.
Les journalistes se prêtent au jeu. "Quelle est votre mission en Ukraine ? Quelles informations aviez-vous avant d'arriver et maintenant ?", les interroge un reporter ukrainien. Ses confrères leur demandent aussi de quels ravitaillements ils disposent et s'ils ont reçu l'ordre de cibler des civils.
Selon les conventions de Genève, il est pourtant illégal de diffuser leurs réponses dans les médias. Les prisonniers de guerre sont en effet protégés "contre tout acte de violence ou d’intimidation, contre les insultes et la curiosité publique" par la troisième convention de 1949, ratifiée par 196 États dont l'Ukraine et la Russie. S'il n'est pas possible notamment de "les obliger à se déshonorer en insultant leurs supérieurs ou leur nation", il est en revanche autorisé de leur demander "un certain nombre d'informations - comme leur nom, leur prénom, leur date de naissance ou encore leur numéro de matricule", expliquait récemment à TF1info Raphaël Maurel, maître de conférence en droit public et membre du collectif de fact-checking Les Surligneurs.
Pourtant, les équipes de TF1 sur le terrain ont été expressément invitées à ces conférences de presse orchestrées par les forces ukrainiennes. "On veut montrer au monde entier que la Russie a violé notre souveraineté territoriale pour venir tuer nos enfants, nos familles, nos soldats", justifie Sergey Bratchuk, porte-parole de la résistance nationale ukrainienne, depuis son quartier général d'Odessa.
Les Ukrainiens diffusent aussi massivement sur les réseaux sociaux des vidéos des prisonniers russes affamés ou encore forcés à exprimer des regrets et à se désolidariser de l'initiative de Vladimir Poutine. Raphaël Maurel mettait d'ailleurs en garde contre une possible "mise en scène" dans ces vidéos, qui pourraient montrer "un faux soldat ou encore un déserteur non-belligérant". Kiev mène aussi sa guerre de communication devant l'Organisation des Nations unies : son ambassadeur y a brandi le 1er mars le supposé SMS d'un soldat russe envoyé à sa mère. "J'ai peur, on tire sur toutes les villes, sans exception, et même sur les civils", se plaignait le combattant, avant de mourir au combat.
Le but de cette opération de communication bien ficelée : faire valoir la puissance de la résistance ukrainienne, mais aussi faire réagir notamment les mères des soldats pour qu'elles saisissent la hiérarchie militaire russe. Avec déjà de premiers succès. "Aujourd'hui, j'ai appelé le ministère de la Défense. Hier j'avais déjà appelé les chefs de mon fils, ils m'ont dit qu'ils s'occuperaient de lui", explique l'une d'elle dans une vidéo diffusée par Radio Free Europe, un média financé par le Congrès américain.
À nouveau, ce sont elles qui ont été interpellées mercredi matin par Pravda Gerashchenko, conseiller du ministre de l'Intérieur ukrainien, sur son compte Telegram aux plus de 240.000 abonnés. "Message à l'attention des mères de soldats russes qui se sont rendus. Je publie des listes et le visage de vos fils : ils sont 32", a-t-il écrit. Certains de ce...
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