Lever les restrictions sanitaires le 14 mars, le bon timing ? Les épidémiologistes sceptiques

LCI - 08/03
[VIDÉO] - Le protocole sanitaire en entreprise cessera de s'appliquer lundi prochain, date à laquelle seront levés le port du masque dans les lieux clos et le pass vaccinal partout en France. Mais certains experts jugent cet allégement des mesures un peu précipité. Le virus circule encore activement dans l'Hexagone.
L'essentiel

Le protocole sanitaire en entreprise cessera de s'appliquer lundi prochain, date à laquelle seront levés le port du masque dans les lieux clos et le pass vaccinal partout en France.

Mais certains experts jugent cet allégement des mesures un peu précipité.

Le virus circule encore activement dans l'Hexagone.

Est-ce vraiment le bon moment pour relâcher les mesures sanitaires ? Le 14 mars, les règles exceptionnelles dans les entreprises face au Covid-19, dont le port du masque obligatoire, vont cesser de s'appliquer, a indiqué mardi sur LCI la ministre du Travail, Elisabeth Borne. Ce sera aussi la date de la fin du port du masque obligatoire dans tout le pays, sauf dans les transports, et la suspension du pass vaccinal, comme annoncé par Jean Castex jeudi dernier.

Si la décrue de l’épidémie est effectivement en bonne voie, le pic de la cinquième vague n’est pas totalement passé et le nombre de cas quotidiens de Covid-19 décroit moins vite depuis plusieurs jours dans l'Hexagone. Avec une baisse de l'ordre de 20% par semaine, contre 30 à 40% dès la fin janvier, le pays enregistre ainsi en moyenne 50.000 cas quotidiens tandis que les hôpitaux comptaient toujours lundi 22.208 patients et 2.089 malades malades en soins critiques. De quoi susciter certaines réserves chez les scientifiques. 

"Le nombre de cas reste élevé"

"Nous devons rester vigilants. Certes, le port de masque ne sera bientôt plus obligatoire, mais le nombre de cas, reste élevé avec un taux d'incidence à plus de 500 pour 100.000 habitants", insiste Philippe Amouyel professeur de santé publique au CHU de Lille, soulignant que c'est encore loin du seuil d'alerte fixé à 50 cas pour 100.000 habitants.

"Il ne faut pas oublier, dans ce contexte, que certaines personnes n'ont pas de réponse immunitaire et que d'autres n'ont pas été vaccinées. Ces deux populations vont être soumises ces prochaines semaines à un risque de contaminations", poursuit-t-il. "Le fait pour ces dernières, comme pour celles à leur contact, de continuer à porter le masque tant qu'on n'est pas revenu à des seuils vraiment très faibles serait à mon sens une mesure prudente. Il en va de même concernant le respect de la distanciation et l'aération." Cela vaut d'autant plus dans les entreprises, "parce qu'on sait que c'est là qu'ont lieu un grand nombre de contaminations", juge le spécialiste qui souligne l'importance d'éviter une stagnation du nombre de cas.

"C'est un peu précipité"

C'est aussi l'avis de l'épidémiologiste Antoine Flahault qui estime que "suspendre le pass vaccinal [le 14 mars] peut s'entendre", au vu de la couverture vaccinale, mais pas "la levée du masque dans les lieux clos alors que le virus circule encore fortement laisse les personnes à risque plus exposées aux formes graves et sévères de Covid-19". "C'est dans tous les lieux clos, mal ventilés, qui reçoivent du public, qu'on se contamine", expliquait ce dernier le 3 mars à Franceinfo, jugeant que "le port du masque, c'est se protéger soi-même, mais aussi un geste de solidarité pour les personnes vulnérables". Et d'insister : "Dire qu'il ne sera pas nécessaire de porter le masque quand le virus circulera peu, je l'entends très bien. Mais dire que ce sera le 14 mars, c'est un peu précipité, je doute qu'à cette date, la circulation du virus soit si basse qu'il n'y ait plus beaucoup de risques." 

L’épidémiologiste Dominique Costagliola est elle aussi favorable à un retrait du port du masque lorsque le taux d’incidence sera inférieur à 50. "Dans une salle de cinéma où il y a 50 personnes, la probabilité que sur ces 50 personnes il y en ait au moins une positive est de 40 %. Sur 100 personnes, ce serait 64 %", a-t-elle expliqué ce dimanche sur Europe 1.

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