Le drame ukrainien peut-il déclencher un sursaut de lucidité climatique ?

LCI - 07/03
Le chaos ukrainien, qui pose le problème de la dépendance de l'Europe aux énergies fossiles russes, peut-il déboucher sur une remise en cause de notre modèle énergétique toujours plus vorace ? Fabrice Bonnifet, président du C3D, le Collège des directeurs du développement durable, nous livre son édito.
L'essentiel

Le chaos ukrainien, qui pose le problème de la dépendance de l'Europe aux énergies fossiles russes, peut-il déboucher sur une remise en cause de notre modèle énergétique toujours plus vorace ?

Fabrice Bonnifet, président du C3D, le Collège des directeurs du développement durable, nous livre son édito.

Les événements dramatiques en Ukraine marqueront-ils un tournant de la géopolitique de l’énergie en Europe ? Les pays de l’Union possèdent en effet peu d’alternatives face aux pays exportateurs d’énergies fossiles dont nous dépendons (70% de l’approvisionnement européen). Dans ce contexte, il n’est pas surprenant de constater que les premières sanctions infligées à la Russie concernent presque tous les secteurs d’activités exceptés ceux de l’énergie précisément (43% du gaz importé par l’UE provient de Russie). 

Aujourd’hui, c’est l’incertitude qui entoure l’issue de la guerre qui fait monter les prix, mais la pression de la demande sur une offre d’hydrocarbures désormais en déplétion explique également la tendance haussière. Le plus étonnant, c’est que l’on puisse encore s’en étonner. En effet, le pétrole mondial a passé son pic d’extraction depuis 2006 et celui du gaz a atteint un plateau préalable à son déclin. Dans ces conditions, difficile d’imaginer ni même souhaiter un retour à l’Anormal après la fin de la guerre. Oui, vous l'avez lu, il s’agit bien d’anormalité sur une planète en surchauffe que d’avoir besoin d’énergies fossiles pour fabriquer des engrais de synthèse pour nous nourrir ou encore pour produire de l’électricité, ou enfin pour faire rouler tout ce qui roule ! 

Sans sevrage radical et immédiat de notre addiction aux énergies fossiles, il deviendra tout simplement impossible de s'adapter au changement climatique

Fabrice Bonnifet

Quatre jours après le début de l’agression de Poutine contre l’Ukraine sortait le volet 2 du 6ème rapport du GIEC qui porte sur les impacts, l’adaptation et la vulnérabilité des sociétés humaines et des écosystèmes au changement climatique. Le volet 1 à propos des bases scientifiques était sorti le 9 août dernier, en plein pendant les vacances d’été. Décidément, on pourra reprocher au GIEC son timing inapproprié. Accaparés par la couverture de la désolation de la population ukrainienne, les médias du monde entier ont une nouvelle fois omis d’expliquer le contenu de ce deuxième opus. Cependant, on a bien tort de ne pas prendre le temps de comprendre ce qui est train d’arriver à l’humanité. Les scientifiques du GIEC nous annoncent rien de moins qu’avec l’augmentation du réchauffement climatique dans les années à venir, les pertes et les dommages en tout domaine vont notablement augmenter. Et l’on ne pourra que se désoler de constater que les systèmes humains et naturels atteindront vite les limites de leur capacité d’adaptation. Bref, sans sevrage radical et immédiat de notre addiction aux énergies fossiles, il deviendra tout simplement impossible de s'adapter au changement climatique. Pour rappel, on ne parle pas d’un scénario de science-fiction, mais d’un fait scientifique. Dommage que ce genre d’info ne mérite pas plus d’attention en prime time.

 

En attendant, le déni l’emporte toujours sur la raison et les analystes à courte vue ne cessent d’énumérer les conséquences économiques "dévastatrices" de la guerre dues au renchérissement du coût des énergies et des matières premières. Mais quasiment aucun d’entre eux n’explique que le maintien du modèle énergétique qui supporte celui de notre société vorace en énergie sale est une tragédie pour notre avenir. Certes, pour les décideurs politiques, il est tendance de se préoccuper oralement du climat, mais à condition que rien ne change par ailleurs. Et pourtant la situation climatique planétaire décrite par le GIEC dans son rapport devrait nous inciter à agir. Dépendre...
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