Retour dans le passé. Face à l'envenimement du conflit en guerre, et à la montée des tensions dans le monde - en lien notamment avec le nucléaire -, Moscou et Washington ont mis en place un nouveau canal téléphonique direct. Cette ligne, installée "il y a quelques jours", relie directement le commandement américain en Europe au ministère russe de la Défense, a indiqué vendredi John Kirby, le porte-parole du Pentagone. "On sait qu'elle marche. Quand nous l'avons testée, ils ont décroché", a-t-il assuré. "S'il venait à y avoir une situation où nous aurions besoin de communiquer avec le ministère de la Défense à propos d'une situation pressante, je suppose que nous l'utiliserions", a ajouté le contre-amiral, sans préciser si la ligne avait déjà officiellement servi. Une chose est sûre, ce dispositif n'est pas sans rappeler le "téléphone rouge" de la Guerre froide.
Après la terrible crise des missiles de Cuba, durant laquelle le monde a bien cru basculer dans une guerre nucléaire, Etats-Unis et URSS ont signé, le 20 juin 1963, un accord surnommé le "hotline agreement". Dans ce dernier, les deux pays conviennent de la nécessité d'un moyen de communication directe pour éviter une telle escalade, aux conséquences potentiellement apocalyptiques. Proposée par de nombreux experts dans les années 1960 - et même par le gouvernement américain - ce dispositif est finalement adopté pour éviter que de futures crises ne dégénèrent en conflits. "Il s'agissait d'assurer des communications à la fois sûres, précises et rapides entre les deux grands, surtout dans le contexte de l'après-crise des missiles de Cuba", résume dans les colonnes de TV5 Monde Pierre Melandri, historien et professeur émérite à Sciences-Po.
Oui mais voilà, ce "téléphone rouge" inauguré le 30 août 1963 n'avait de rouge et de téléphone que le nom. Cette (fausse) image a largement été diffusée par le monde de la culture, à commencer par le cinéma. Au départ, il s’agit d’un téléscripteur, l'ancêtre du fax. Cette technologie permet à Washington et Moscou d'échanger par messages écrits, codés et transmis par un câble transatlantique. Installé en 1956, ce dernier passe, entre autres, par Londres, Copenhague, Stockholm et Helsinki.
Techniquement, l'installation d'une ligne téléphonique, encore plus rapide et directe qu'un télégramme, était envisageable à l'époque mais cette hypothèse n'est pas retenue. Les dirigeants des deux superpuissances ont voulu éviter tout quiproquo et privilégier la clarté et la précision des messages. "Il a été convenu que si les dirigeants parlaient au téléphone, ils seraient trop dépendants d’une traduction rapide. Des messages imprimés offriraient une plus grande clarté et donneraient aux deux parties le temps de répondre", confirme, dans son ouvrage "International Arms Controls : Issues and Agreements", Coit D. Backer, professeur de relations internationales à l’Université de Stanford.
Dès son installation, un premier message est envoyé en août 1963 : "The quick brown fox jumped over the lazy dog's back 1234567890 (le vif renard marron a sauté par-dessus le dos du chien fainéant 1234567890, ndlr)". L'objectif étant de tester le fonctionnement du clavier et de l'imprimante, celui-ci comporte toutes les lettres de l'alphabet et tous les chiffres arabes. Dans la foulée, les Soviétiques répondent par un poème russe. Dans le même ordre d'idée, dans les années qui suivent, il est - même sans utilisation officielle - testé toutes les heures...
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