Vladimir Poutine a pris de court la planète entière dans la nuit en annonçant l’invasion de l’Ukraine au motif "d’arriver à une démilitarisation et une dénazification" du pays. Un élément de la propagande russe, directement repris au JT national ce jeudi midi : "Comme l'a souligné le président, notre pays n'occupe pas les territoires ukrainiens, mais doit procéder à la démilitarisation et à la dénazification de l'Ukraine".
Sur Internet, des comptes de l'extrême droite française ont visé à leur tour les liens supposés de Kiev avec le nazisme. "Je vous présente le régiment Azov, une milice néonazie intégrée à la Garde nationale ukrainienne. Voilà ce que les États-Unis et l’Union européenne soutiennent en Ukraine", écrit par exemple un militant revendiqué de Reconquête, le parti d’Éric Zemmour. Sur le site complotiste du réseau Voltaire, on peut lire que l’Otan "soutient toujours les groupes néo-nazis contre les Russes". Via son compte Twitter, François Asselineau, candidat du Frexit, évoque l’existence de ce régiment Azov, "une unité de volontaires ukrainiens intégrée à la garde nationale conseillée par l’OTAN" et affichant "sans vergogne ses sympathies néonazies".
Le bataillon Azov, du nom de la mer bordant l’Ukraine, existe bel et bien en Ukraine. On en retrouve officiellement les premières traces en mai 2014, quelques mois après l’annexion de la Crimée par Moscou. À l’époque, ce bataillon était composé de quelque 800 volontaires ukrainiens, tous principalement originaires de l’Est occupé par la Russie. Ce n’est qu’après son intégration à la Garde nationale fin 2014, qui manquait cruellement d’hommes à l’époque (environ 6000), que le régiment acquiert une certaine visibilité dans le pays. "Aujourd'hui, l'unité Azov est une unité spéciale distincte de l'unité militaire Azov 3057 de la Garde nationale ukrainienne", peut-on lire sur le site officiel d'Azov.
Ce qui induit qu’à ce jour, Azov est directement subventionné et armé par le ministère de l’Intérieur ukrainien, après avoir été financé par le puissant oligarque Ihor Kolomoisky. Pourtant, ses troupes sont régulièrement accusées d’affinités avec le nazisme. Un faisceau d’éléments converge vers des liens directs et indirects avec cette idéologie. D’abord, l’image d’un groupe de soldats d’Azov se photographiant en tenue militaire accompagnés d’un drapeau nazi circule depuis quelques années sur les réseaux sociaux et a réémergé ces dernières semaines sur Facebook ou Reddit. Elle se retrouve aussi dans la presse italienne.
Au-delà de cette image, qui est sans ambiguïté, l’emblème adopté par le bataillon entretient le doute. Azov reprend la "Wolfsangel" inversée aux couleurs bleues et jaunes de l’Ukraine, qui fut le logo du parti ukrainien fasciste Svoboda et qui n’est autre qu’un symbole utilisé par la deuxième division SS pendant la Seconde Guerre mondiale. Son fondateur, Andriy Biletsky, qui fut décoré de la médaille du jubilé et de l’ordre du courage, est aujourd’hui député à la Rada, le parlement ukrainien, sous le dénommé parti Corps national. Pourtant, il ne cache pas son passé néonazi.
Cela ne signifie pas pour autant que l’ensemble du régiment d’Azov se revendique du néonazisme. En 2015, le quotidien USA Today est parvenu à obtenir à Marioupol (Est) le témoignage d’Alex, un membre chargé de l’entrainement aux armes. Au cours de l’entretien, ce dernier admet alors volontiers être nazi, faisant le parallèle entre la grandeur de l’Ukraine et celle de l’Allemagne du temps de la guerre. Interrogé, un porte-parole d’Azov tente de minimiser en in...
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