C'est un autre aspect de la guerre, moins violent, moins brutal, mais dont l'importance peut être primordiale : les cyberattaques. Alors que la Russie a entamé son offensive sur le territoire ukrainien ce jeudi matin avec l'"opération militaire" lancée par son président Vladimir Poutine, d'autres attaques, plus virtuelles cette fois, pourraient avoir eu lieu dans le même temps. L'Ukraine annonce en effet être la cible d'une nouvelle cyberattaque massive visant des sites internet officiels.
Ce n'est pas la première fois que le pays de Volodymyr Zelensky se dit au cœur de cyberattaques. La semaine dernière, selon Kiev, les sites du ministère de la Défense et des forces armées du pays avaient déjà été visées, tout comme les banques Privatbanq et Ochtabank.
Une situation qui rappelle celle de mi-janvier, lorsque plusieurs sites gouvernementaux ukrainiens, dont celui du ministère des Affaires étrangères et celui des Situations d'urgences, étaient devenus inaccessibles. Des messages menaçants y avaient également été publiés par les auteurs de la cyberattaque, en ukrainien, en russe et en polonais, demandant aux Ukrainiens de "prendre peur" et de se "préparer au pire". Ce message était accompagné de plusieurs logos, dont un drapeau ukrainien barré.
La Russie, elle, a toujours nié être à l'origine de ces cyberattaques. Le pays de Vladimir Poutine est pourtant régulièrement accusé de mener ces offensives virtuelles, y compris en dehors du conflit qui le lie à l'Ukraine. L'an dernier, le président des États-Unis Joe Biden avait accusé la Russie "d'interférer" dans la démocratie américaine en référence à la cyberattaque géante de 2020, qui avait touché toute la planète. Les élections américaines de 2016 avaient par ailleurs subi le même sort. En 2018, l'administration Trump a prononcé une série de sanctions contre des individus et des entités russes en réponse à l'ingérence de Moscou dans l'élection et à plusieurs cyberattaques.
Les actions numériques de ces derniers jours, si elles sont avérées, peuvent-elles aider la Russie dans le conflit qui l'oppose à l'Occident ? Selon Rayna Stamboliyska, spécialiste de la cybersécurité et de la diplomatie numérique, ces cyberattaques ne représentent pas une arme de guerre. "Ce n'est pas la première fois qu'il existe des activités cyber attribuées à la Russie sur le territoire ukrainien, mais leur impact et leur valeur stratégique ont toujours été négligeables", estime-t-elle auprès de TF1info.
Selon elle, ces activités numériques n'ont pas influencé le conflit. "En 2015 et en 2016, il y a déjà eu des cyberattaques contre le réseau d'électricité ukrainien", rappelle Rayna Stamboliyska. "Hormis des coupures d'électricité de quelques heures, l'impact économique et social a été mineur. Et cela n'a eu aucun effet stratégique non plus : l'Ukraine n'a pas arrêté de vouloir se rapprocher de l'Otan et de l'UE."
Dès lors, à quoi servent ces cyberattaques que l'Ukraine attribue à la Russie ? "Il s'agit d'un complément de force", analyse Rayna Stamboliyska. "Cela permet d'expérimenter l'outil numérique pour influencer sur la politique étrangère. Mais pour qu'une cyberattaque soit efficace, il faut que son impact soit significatif et profite à la force attaquante qui doit en garder la maîtrise."