Incroyable mais vrai, Patrice Leconte n’avait jamais filmé Gérard Depardieu. L’un des cinéastes les plus éclectiques du cinéma français en a enfin trouvé l’occasion avec Maigret, en salle ce mercredi. Sombre et mélancolique, cette adaptation de Maigret et la jeune morte de Georges Simenon nous transporte dans les années 1950, à Paris, où le célèbre commissaire enquête sur un meurtre sordide qui fait écho à un drame personnel. L’auteur de Tandem, Ridicule et autre Monsieur Hire nous a raconté avec enthousiasme sa collaboration avec un comédien hors norme en tous points de vue…
Faire un Maigret, c’est un vieux rêve ? Ou un rêve tardif ?
C’est une petite rêverie récente. Quand avec mon scénariste Jérôme Tonnerre on s’est mis à relire des Simenon, c’est lui qui a eu l’idée qu’on se replonge dans les Maigret. Et ça m’a parlé parce que ça m’a renvoyé à mon adolescence quand j’ai découvert le personnage et l’auteur aussi. Ça m’a renvoyé au plaisir que j’avais. Je me suis dit qu’on ne serait pas les premiers. Mais pas les derniers non plus. Au cinéma il y a eu des Maigret formidables, dont Gabin. Et à la télévision des brouettes ! Et puis on est tombé sur Maigret la jeune morte et on s’est dit 'voilà, c’est ça qu’on va faire !'.
Même quand il fait des films pas terribles, il y a toujours un moment de grâce. Il me bluffe
Patrice Leconte
Pourquoi celui-là en particulier ?
Avec Jérôme on s’était partagé le travail de relecture et moi je voulais que ce soit une histoire qui se passe à Paris. Simenon en a écrit 75 et ça a permis d’en éliminer un paquet. C’est Jérôme qui est tombé assez vite sur celui-là et ce qui m’a plu, ce qui m’a emporté et qui m’a bouleversé, c’était le fait qu’on retrouve une jeune fille de 18 ans, morte poignardée, dans une robe de soirée square des Batignolles. Et personne ne sait qui elle est. Le plus original, dans la littérature policière il me semble, c’est que Maigret enquête sur la victime plutôt que sur l’auteur de l’assassinat. D’habitude on essaie de savoir qui a fait le coup. Mais là il s’en fout, Maigret. Il n’arrive pas à dormir, tant qu’il ne sait pas ce qui s’est passé. Ce qui est renforcé par le fait qu’avec sa femme, ils ont eu une fille, qui est morte au même âge. Et c’est comme si Maigret courrait après son propre enfant, ce qui donne à l’histoire un côté sentimental pas si courant dans les Simenon.
C’est vrai que c’est Daniel Auteuil qui devait jouer Maigret ?
Tout au début, Daniel Auteuil nous avait dit 'Simenon, Maigret, ce serait bien'. Confusément on a pensé que ce serait lui. Et puis après non, il n’avait plus envie. Mais je ne l’accable pas, ça m’a permis de réaliser mon rêve de faire un jour un film avec Gérard Depardieu. Pas de faire un film pour faire un film. Mais d’avoir la jolie occasion de faire du cinéma ensemble. Moi j’adore cet acteur. Même quand il fait des films pas terribles, il y a toujours un moment de grâce. Il me bluffe. Et sincèrement ça m’énervait de le voir dans les films des autres. Ce qui est drôle, c’est qu’il est au courant de tout. Il doit savoir qu’Auteuil aurait pu faire ce film et que c’est parce qu’il nous a dit non qu’on lui a proposé. Eh bien il n’en a jamais parlé.
Qui d’autre que lui pouvait incarner avec autant d’intensité le personnage ?
Patrice Leconte
Ça arrive tout le temps ce genre de choses. Ça fait partie de l’histoire du cinéma, non ?
Bien sûr ! Regardez Tenue de soirée de Bertrand Blier. Au départ, c’était Gérard Depardieu et Bernard Giraudeau. Et puis Bernard Giraudeau dit 'non, je ne vais pas le faire !'. Et Blier, qui est malin et intelligent, il rebondit et propose le rôle à Michel Blanc. Ce n’est pas quelqu’un qui ressemble à Giraudeau, il emmène le personnage ailleurs. Moi quand j’ai écrit La fille sur le pont avec Serge Friedman, on écrivait pour Vanessa Paradis et Jean-Pierre Marielle. Et puis Marielle les larmes aux yeux me dit : 'Je ne ferai pas l...
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