"L'Ukraine contemporaine a été entièrement et totalement crée par la Russie bolchévique et communiste" : tout au long d'un discours de plus d'une heure, Vladimir Poutine a affirmé lundi 21 février que Moscou avait forgé sa voisine, et que Russie et Ukraine ne formaient donc qu'une seule et même nation. L'occasion donc pour le chef du Kremlin de reconnaître l'indépendance de deux régions pro-russes, Donetsk et Lougansk.
Ce n'est pas la première fois que le dirigeant russe affirmait que Kiev et Moscou était liées par un lien fort de filiation : dans un long article publié en juillet dernier, il estimait déjà que "Russes et Ukrainiens étaient une seule nation" appartenant à "un seul et même espace historique et spirituel". Si la Russie et l'Ukraine partagent en effet plusieurs siècles d'histoire commune, les tensions ont été nombreuses entre les deux nations, loin d'être jumelles. Moscou a souvent tenté d'imposer son contrôle sur le territoire ukrainien, écartelé entre des Ukrainiens europhiles et russophiles.
L'histoire entre Russes et Ukrainiens prend racine dans la "Rous de Kiev", une principauté qui a existé du XIe au XIIe siècle et recoupait alors les territoires des actuelles Russie, Ukraine et Biélorussie. Cette entité est considérée par Moscou comme son berceau. Attaqué par les Mongols, puis les armées polonaises et lituaniennes aux siècles suivants, le territoire est finalement partagé en 1667 entre la Pologne et la Russie. L'Empire russe obtient la rive gauche du fleuve de la Dienpr, et parvient à annexer la rive droite à la fin du XVIIIe siècle, détaille l'encyclopédie Larousse.
Moscou impose alors une russification du territoire à marche forcée, notamment en interdisant l'utilisation et l'étude de la langue ukrainienne et en forçant les habitants à se convertir à l'orthodoxie russe, relève National Geographic. Au XIXe siècle, tandis que les cultures et les industries alimentaires se développent à plein régime dans le pays, l'intelligentsia ukrainienne se lève contre le tsar russe, qui considère l'Ukraine comme une "Petit Russie" et réprime les dissidents.
À la suite de la révolution communiste de 1917, l'Ukraine bascule dans une guerre civile violente : un conseil proclame à Kiev la "République populaire d'Ukraine", tandis que les bolcheviks, implantés à l'Est et au Sud du pays, inaugurent la "République soviétique d'Ukraine". C'est elle qui finit par l'emporter : elle adhère à l'URSS en tant que république fédérée en décembre 1992, sous contrôle strict du parti communiste. Entre champs de blé, mines et industries foisonnantes, elle constitue une ressource centrale pour le pouvoir moscovite, mais les Ukrainiens ne se plient pas facilement à la collectivisation des terres.
Irrité par cette résistance, alors que le pays concentre de nombreuses richesses, Joseph Staline décide entre 1932 et 1933 d'affamer l'Ukraine. Cette grande famine, appelée "l'Holodomor" ("l'extermination par la faim" en ukrainien) coûte la vie à quelque six millions d'individus et est considérée par Kiev comme un "génocide" du peuple ukrainien. Une ligne bien sûr rejetée par le Kremlin, qui défend plus largement une vision glorifiée de l'histoire russe, en minimisant les crimes de Staline.
Après la Seconde Guerre Mondiale, l'URSS continue de mettre la main sur la région du Donbass, à l'Est de l'Ukraine, en repeuplant la région exsangue après l'Holodomor et le conflit mondial par l'arrivée de centaines de milliers d'ouvriers russes. Cet afflux modifie durablement l'équilibre ethnique et culturel de la région puisque la majorité des nouveaux arrivants ne parlent pas ukrainien.
En 1991, l'Ukraine devient indépendante (avec 90% de oui à l'issue d'un référendum) juste après que l'URSS se soit effondré. Un divorce difficilement digéré par Moscou, pour qui le pays restait un grenier à blé et un pourvoyeur d'énergies. L'ukra...
[Courte citation de 8% de l'article original]