Elle reconnaît bien que "chaque accident de chasse est une absolue tragédie". Mais reste "favorable" à cette pratique. Interrogée sur l'éventualité d'une journée générale d'interdiction de la chasse après la mort d'une randonneuse tuée par une chasseuse dans le Cantal, Valérie Pécresse s'est dite opposer à une telle régulation. Car la candidate estime que la seule solution est le "partage d'usage (...) en fonction des territoires", afin de protéger ce "droit qui a été acquis à la Révolution". Derrière cet argument, quelle réalité historique ?
"C'est un mythe", répond sans aucune hésitation Agnès Tachin, professeure d'histoire contemporaine à l'Université de Cergy-Pontoise. Alors pourquoi cette idée reçue sur la chasse ? Il est vrai que, sous l'Ancien Régime, cette activité était réservée aux seuls membres de la noblesse. La Révolution est venue rabattre les cartes. Sans pour autant accorder ce droit à tous les Français, comme c'est le cas aujourd'hui. Si l'article 3 du décret du 11 aout 1789 relatif à l'abolition des privilèges vient en effet détruire le "droit exclusif de la chasse", il associe également ce droit à la propriété terrienne. "Le droit exclusif de la chasse est pareillement aboli, et tout propriétaire a le droit de détruire et faire détruire, seulement sur ses possessions, toute espèce de gibier", lit-on ainsi dans ce texte.
Après la révolution, "la bourgeoisie, qui possède aussi des terres, est la seule bénéficiaire de ce décret", comme le résume notre interlocutrice. Tous les paysans qui louent la terre qu'ils labourent n'ont donc pas le droit de chasse. "S'ils le font, ils sont, aux yeux de la loi, des braconniers que l'on réprime", note Agnès Tachin. Ce décret vient même ôter à certains paysans le droit de chasser. Tandis que sous l'Ancien Régime, des régimes d'exception existaient, notamment dans certaines régions du sud, "ils perdent ce droit en 1789".
Par la suite, la loi du 3 mai 1844 sur la "police de la chasse" vient renforcer ce dispositif. Il devient encore plus discriminant en accordant le seul permis de chasse à ceux qui sont "personnellement inscrits au rôle des contributions" - l'impôt direct associé au droit de vote - et en autorisant uniquement la chasse "soit à tir, soit à courre, à cor et à cris". En interdisant d'autres pratiques, comme le piégeage, cette loi vient renforcer "la répression du braconnage", souligne Agnès Tachin.
Finalement, il faudra attendre 1946 et la loi Rigal pour que les fermiers aient le droit de chasser sur les terres qu'ils louent. Et ce ne sera qu'en 1964 que la loi Verdeille viendra officiellement autoriser le droit de chasse sur les terres communales. "C'est ce texte qui consacre officiellement le droit d'usage en permettant le droit de chasse sur les terres d'autrui", conclut notre interlocutrice.
Contrairement à ce qu'indique Valérie Pécresse, le droit de chasser pour tous n'a donc pas été sacralisé par la Révolution française. D'ailleurs, en 1946, le député Rigal à l'origine de la loi citée plus haut relevait que si le "principe le droit de chasse à tous les citoyens" a été proclamé en 1789, "en pratique ce droit n'existe pleinement que pour un petit nombre". "Les féodaux terriens, qui, seuls, disposaient du droit de se livrer à l'exercice de la chasse, ont été remplacés par les privilégiés de la fortune", s'insurgeait l'élu communiste.
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