Sous des devantures différentes, on compte en France 530 laboratoires d'analyse médicale qui appartiennent à une même société : le groupe Inovie. C'est par lui, entre autres, que sont centralisés la quasi-totalité des tests PCR réalisés en France, envoyés dans d'immenses plateaux techniques pour y être analysés. Dans le reportage du 20H de TF1 en tête d'article, on aperçoit ces tests sont à l'étude à l'intérieur de grandes machines, sous une cloche de verre de plus d'un mètre de diamètre.
Achetées à la faveur de la crise sanitaire, ces machines sont déjà rentabilisées car elles tournent en continu, 24 heures sur 24 et sept jours sur sept. "On est arrivé à des pointes de 15.000 tests PCR par jour", explique Thomas Hottier, directeur général d'Inovie, qui explique que le groupe "a dépensé plus de 100 millions d'euros, l'équivalent d'un sixième de notre chiffre d'affaires en investissement matériel uniquement". La société a également embauché 25% de personnel en plus "pour assumer cette charge de travail", ajoute-t-il, et a dépassé le milliard d'euros de chiffre d'affaires en 2021.
Une belle part de gâteau, lorsque l'on sait que le marché français a représenté près de 170 millions de tests remboursés par l'Assurance Maladie en 2021, "pour un coût global autour de 6,7 milliards" d'euros, a indiqué son directeur Thomas Fatôme lors d'un point de presse en janvier dernier, ajoutant que ce dernier chiffre était "encore provisoire". Parmi ces tests, on compte 81 millions de tests PCR, pour lesquels plus de 4,7 milliards d'euros ont été déboursés par l'Assurance Maladie en 2021. En trois ans, le nombre d'acteurs dans le secteur a été divisé par deux : six groupes seulement se disputent ce monopole en 2022.
Les rares biologistes encore indépendants doivent se battre pour exister, à l'instar de Robin Reynier, directeur du laboratoire BCH situé à Montpellier, qui interprète les résultats à la demande des patients. Malgré la très forte demande en tests, la dominance des grosses sociétés sur le secteur fait que très peu de laboratoires indépendants se sont créés ces dix dernières années, "peut-être deux ou trois" seulement selon lui.
Installé il y a six mois dans la commune, le directeur a déjà reçu plusieurs propositions de rachat de son établissement de la part d'un gros groupe. "Je n'ai pas été accueilli les bras ouverts ici", regrette-t-il. Il a même constaté que depuis un mois, un autre laboratoire avait été ouvert à quelques mètres du sien, juste en face. "Je m'y attendais, mes concurrents ont réagi au point d'ouvrir un centre pas très loin de chez moi aujourd'hui", déplore le médecin biologiste.
S'il est difficile de coexister avec des groupes devenus des géants, ces derniers défendent de leur côté cette concertation, nécessaire à leurs yeux pour assurer la mission de dépistage massif qui leur a été confié par le gouvernement. "La première politique de mise en œuvre du dépistage par le TAP, Tester Alerter Protéger, reposait en premier lieu sur nous", affirme Michel Sala, directeur médical du groupe Cerballiance, numéro deux du marché. Il décrit aussi une guerre commerciale sur les matières premières. "Un dispositif de dépistage, avec des réactifs que tous les pays se disputaient, a été souvent acrobatique", explique-t-il.
Puissants, ces groupes peuvent néanmoins négocier leurs tarifs avec leurs fournisseurs et peut...
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