Pour Mansour Kamardine, les retards de la reconstruction de Mayotte ne s’expliquent pas uniquement par les conséquences du cyclone Chido. L’ancien député estime que la défiance de l’État envers les élus locaux, la centralisation des décisions et des dispositifs inadaptés aux réalités du territoire freinent considérablement la relance de l’île. Dans cette deuxième partie de notre entretien, il appelle les nouveaux élus à faire preuve d’exemplarité et plaide pour une véritable refondation de l’action publique à Mayotte.
Flash Infos. : Le Mahorais se perd dans la manière choisie par l’État pour reconstruire Mayotte après le cyclone Chido. Selon vous, a-t-il raison de penser qu’il ne se passe rien et qu’il ne se passera probablement pas grand-chose avant longtemps ?
Mansour Kamardine : J’entends beaucoup de choses, y compris ce que l’État laisse entendre en privé. Malheureusement, ces échanges restent souvent confinés à des réunions restreintes et ne sont jamais assumés publiquement. Pourtant, il existe un véritable sujet qu’il faut avoir le courage d’aborder : celui des atteintes à la probité dans la gestion des marchés publics et des affaires impliquant certains élus.
Force est de constater que ces dérives ont parfois servi de prétexte pour justifier l’inaction de l’État et retirer progressivement aux élus locaux une partie de leurs prérogatives. Lorsqu’un élu ou un fonctionnaire manque à son devoir de probité, il appartient à la justice de faire son travail, et les Mahorais soutiennent cette exigence de transparence.
J’appelle donc les nouveaux élus à la plus grande vigilance. La population ne tolère plus les affaires de corruption ou les atteintes à la probité. Elle attend des responsables publics un comportement exemplaire.
Je peux comprendre qu’une certaine méfiance se soit installée entre l’État et une partie de la classe politique locale. Pour autant, il serait injuste de mettre tous les élus dans le même sac. Chaque fois qu’un responsable a été reconnu fautif, il a été écarté de ses fonctions sans que cela ne suscite de contestation majeure.
Il est aujourd’hui indispensable de redéfinir les relations entre l’État et les collectivités locales. À cet égard, les premières initiatives prises par le nouveau préfet vont, me semble-t-il, dans la bonne direction. J’espère que cette dynamique se poursuivra.
F.I. : Les Mahorais s’interrogent également sur l’Établissement public chargé de la reconstruction et de la refondation de Mayotte, dont les missions ne cessent de s’élargir. Quel regard portez-vous sur son fonctionnement ?
M.K : Il y a un principe que les militaires connaissent parfaitement : un théâtre d’opérations se dirige au plus près du terrain. Or, le théâtre des opérations est à Mayotte, tandis que l’établissement chargé de la reconstruction est piloté depuis Paris. Cette situation me paraît difficilement compréhensible.
Plus d’un an après sa création, je mets quiconque, à commencer par le préfet de Mayotte, au défi de dresser un bilan précis des réalisations concrètes de cet établissement. Les Mahorais n’ont pas besoin de schémas ou de stratégies sur le papier ; ils attendent des résultats visibles.
Des écoles ont été gravement endommagées par le cyclone. Les maires disposent des compétences nécessaires pour conduire les travaux de remise en état. Si l’État ne leur fait pas totalement confiance, qu’il leur délègue au moins les moyens financiers nécessaires, opération par opération, tout en exerçan...
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