Alors que la Russie prend aujourd’hui position entre Israël et l’Iran, les observateurs ont du mal à comprendre ses politiques contradictoires. Elle entretient un partenariat stratégique avec Téhéran, approfondit sa coopération militaire et économique ces dernières années, entretient des relations étroites avec la Syrie et conteste régulièrement l’influence américaine dans la région. Malgré cela, Moscou a maintenu des canaux de communication avec Israël, propose périodiquement sa médiation entre Tel-Aviv et l’Iran et évite de considérer Israël comme un autre adversaire occidental.
John Mearsheimer et Paul Grenier, qui ont récemment abordé la question du rôle soviétique dans la création d'Israël, déclarent : Cela peut paraître contradictoire à certains, mais ce n'est pas le cas. La réponse réside dans l’un des épisodes géopolitiques les plus bizarres du XXe siècle, lorsque les Soviétiques ont joué un rôle décisif dans la création d’Israël.
Un paradoxe géopolitique majeur
Aujourd’hui, Israël est considéré comme l’allié le plus proche de l’Amérique au Moyen-Orient, mais en 1947 et 1948, l’Union soviétique, dirigée par Joseph Staline, était l’un des plus fervents partisans de la création d’un État juif. Les diplomates soviétiques ont défendu la partition de la Palestine aux Nations Unies, et la Tchécoslovaquie, alors soumise aux Soviétiques, a fourni des experts et des armes qui ont aidé Israël à survivre à sa première guerre, et les Soviétiques ont été parmi les premiers gouvernements à reconnaître le nouvel État.
Comprendre cette histoire oubliée révèle une différence fondamentale entre les systèmes politiques soviétique et américain. Aux États-Unis, un puissant système de groupes d’intérêt, d’organisations de défense et de réseaux de lobbying a émergé au fil des décennies, façonnant les relations américano-israéliennes. Des organisations telles que l’AIPAC sont devenues des acteurs influents dans le système américain, devenant ainsi un élément incontournable de la politique américaine. Aujourd’hui, l’AIPAC et d’autres exercent une influence significative sur les institutions gouvernementales américaines.
Une situation similaire ne pouvait pas se produire en Union soviétique, car l’État ne tolérait aucun centre de pouvoir politique indépendant. Les institutions religieuses, les organisations ethniques, les associations civiles et les lobbies n'existaient que dans la mesure où ils servaient les objectifs du parti. Les Juifs soviétiques occupaient des postes importants dans le gouvernement, la science, la culture et l’armée, mais il n’était pas possible d’avoir une infrastructure politique juive indépendante et influente dans la politique de l’État en dehors du Parti communiste.
Cette différenciation s'est avérée importante. Pendant une brève période, Staline a cru qu’Israël pouvait devenir un partenaire géopolitique utile, et peut-être un État socialiste. Mais lorsque la création d’Israël a conduit à la manifestation d’une identité nationale juive claire au sein de l’Union soviétique, l’enthousi...
[Courte citation de 8% de l'article original]