Mansour Kamardine, avocat et ancien député : « Pour l'amour de la République, l'État doit se décoloniser à Mayotte » - Mayotte Hebdo

Siak - Mayotte Hebdo - 21/07
Ancien maire de Sada, ancien conseiller général et député à plusieurs reprises, Mansour Kamardine reste une voix influente du débat public mahorais. Dans un entretien exclusif accordé à Flash Info, il livre son regard sur les relations entre l'État et les collectivités locales, la politique foncière, l'immigration et les priorités…

Ancien maire de Sada, ancien conseiller général et député à plusieurs reprises, Mansour Kamardine reste une voix influente du débat public mahorais. Dans un entretien exclusif accordé à Flash Info, il livre son regard sur les relations entre l’État et les collectivités locales, la politique foncière, l’immigration et les priorités qu’il estime indispensables au développement de Mayotte. Sans détour, il appelle l’État à rompre avec ce qu’il considère comme des pratiques héritées d’une autre époque.

Flash Info : Les Mahorais ont le sentiment que les institutions locales traversent une période de fragilité et que les relations entre les élus et l’État se sont dégradées ces dernières années. Quel regard portez-vous sur cette évolution ?

Mansour Kamardine : Merci de cette question. Depuis la plage de Bouanatsa, dans le sud de l’île, que m’a léguée ma grand-mère, j’observe avec attention ce qui se passe à Mayotte. Parmi les sujets qui m’interpellent le plus figure la relation entre l’État et les collectivités locales, qu’il s’agisse du Département-Région ou des communes.

À mes yeux, l’État continue d’agir à Mayotte avec des réflexes qui relèvent encore d’une logique coloniale. Pendant des décennies, il a décidé seul des priorités du territoire, sans véritablement tenir compte de la volonté des élus locaux. Pourtant, dans une démocratie, le gouvernement est choisi par le peuple, tout comme les élus avec lesquels il est appelé à travailler. On peut partager ou non leurs orientations politiques, mais ils tiennent leur légitimité du suffrage universel et doivent être respectés comme tels.

L’exemple de l’Établissement public foncier et d’aménagement est révélateur. En 2020, lors de l’examen du projet de loi porté par Sébastien Lecornu, alors ministre des Outre-mer, les 27 conseillers départementaux avaient rejeté à l’unanimité sa création. Malgré cette opposition unanime, le gouvernement est finalement revenu imposer cette structure.

Aujourd’hui, cet établissement pilote la reconstruction et l’aménagement de Mayotte. Pourtant, personne n’est véritablement en mesure d’expliquer ce qu’il a accompli jusqu’à présent ...
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