Le pays où écrire et défendre un roman (pas un mémoire) pourrait mener au diplôme de master - leFaso.net

LeFaso - 18/07
Pendant des siècles, l'université a surtout évalué ce que ses étudiants savaient expliquer. Et si le XXIᵉ siècle lui demandait désormais de (…)

Pendant des siècles, l’université a surtout évalué ce que ses étudiants savaient expliquer. Et si le XXIᵉ siècle lui demandait désormais de reconnaître aussi ce qu’ils sont capables de créer ? La Chine n’a peut-être pas encore toutes les réponses. Mais elle vient de poser une question que beaucoup d’universités ne pourront plus éviter : toutes les formes d’excellence doivent-elles vraiment être évaluées de la même manière ?

Nous sommes en janvier 2026, à l’université du Sud-Est, dans la ville chinoise de Nankin. Devant un jury composé d’universitaires et de spécialistes de la construction des ponts, Zheng Hehui s’apprête à défendre son doctorat professionnel en génie civil. Rien, à première vue, ne distingue cette scène de tant d’autres soutenances : un candidat se tient face à ses évaluateurs, plusieurs années de travail vont être examinées, chaque affirmation devra résister aux questions des experts.

Pourtant, quelque chose d’essentiel manque.

Zheng n’a pas apporté la thèse de plusieurs centaines de pages que l’on associe habituellement à ce moment solennel. Ce qu’il est venu défendre existe déjà hors de l’université : un système de pièces d’acier renforcé, préfabriquées puis assemblées à la manière de gigantesques blocs de construction, pour former l’armature des pylônes de ponts. Quelques jours plus tôt, une partie décisive de son évaluation s’était même déroulée loin des salles de cours, sur le chantier du pont Changtai, au bord du fleuve Yangtsé, où sa méthode avait déjà été utilisée.

Autrement dit, ce jour-là, le jury ne devait pas seulement décider si les idées de Zheng tenaient intellectuellement. Des ponts construits grâce à elles tenaient déjà debout.

L’image est puissante. Elle a d’ailleurs nourri plusieurs récits séduisants, largement relayés sur les réseaux sociaux. On raconte que la Chine aurait enfin compris l’inutilité des longues dissertations et décidé de remplacer les thèses par des brevets, des machines, des algorithmes ou des usines. Pendant qu’elle formerait des docteurs capables de bâtir des ponts, l’Afrique continuerait, elle, à fabriquer des « docteurs de salon » et à remplir ses bibliothèques de pages sans conséquence.

Le contraste frappe, il indigne, il se partage facilement. Mais il est aussi largement faux.

La Chine n’a pas aboli les thèses de doctorat. Elle n’...
[Courte citation de 8% de l'article original]

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