Refuges climatiques : pourquoi la France devrait s’inspirer de l’Espagne : Actualités - Orange

Orange - 16/07
La ville de Barcelone est une référence mondiale sur la mise en place de lieux de proximité où se réfugier en cas de fortes chaleurs. En France, le débat évolue sous la pression des canicules à répétition. Le bâtiment n’ouvre habituellement ses portes au public que deux fois dans l’année. La première en septembre pour les journées européennes du patrimoine. La seconde un mois plus tard, à l’occasion des journées nationales de l’architecture. Mais face aux épisodes caniculaires persistants, le Parti communiste (PCF) a permis à qui le voulait de se réfugier, le week-end dernier, dans son siège climatisé du 19e arrondissement parisien. Plusieurs milliers de personnes ont ainsi profité d’un moment au frais sous la coupole blanche imaginé par l’architecte brésilien Oscar Niemeyer. Qui a dit que les monuments historiques ne pouvaient pas se transformer en îlots de fraîcheur ? Le pays vit sa troisième vague de chaleur de l’été et nous sommes à peine à la mi-juillet. Une situation historique. Pour échapper à des logements rendus étouffants, de nombreux Français recherchent les espaces pouvant leur accorder un bref répit thermique : piscines, musées, centres commerciaux ou cinémas. Mais il n’est pas toujours aisé de trouver une oasis de fraîcheur ouverte et gratuite à proximité de chez soi. En dehors du recensement effectué par certaines agglomérations ici ou là, ou d’initiatives privées, leur accès au grand public demeure encore trop peu structuré. Tout le contraire de l’Espagne voisine, en pointe sur la question, et dont le modèle pourrait inspirer la France. Au sud des Pyrénées, l’Etat et les collectivités ont mis en place dans la plupart des grandes villes un réseau de "refuges climatiques". Soit des "espaces accessibles, gratuits, où n'importe qui peut se rendre pour trouver un confort thermique. C'est-à-dire pas plus de 30 degrés en intérieur, et avec suffisamment d'ombre en extérieur, indique Ana Terra Amorim-Maia, chercheuse en adaptation et justice climatique au Basque Centre for Climate Change, co-autrice d'un récent article sur le sujet. Ces lieux doivent aussi offrir, comme éléments de base, de l'eau potable, des toilettes et des zones de repos avec des bancs ou des chaises." Il s’agit essentiellement d’infrastructures publiques existantes telles que les bibliothèques, les écoles, les marchés couverts, les centres civiques ou les complexes sportifs. Barcelone fait figure de référence en la matière. Entre 2020 et 2025, sous l'impulsion de l'ancienne maire Ada Colau, la capitale catalane a multiplié par six la taille de son réseau de refuges climatiques. A ce jour, 99 % de la population se trouve à moins de dix minutes à pied d’un de ces lieux de fraîcheur. Et 74 % à moins de cinq minutes. "Ils sont une mesure d'urgence pour des villes qui deviennent toujours plus chaudes. Mais ils ne doivent pas remplacer des transformations plus profondes, comme les investissements dans la rénovation des logements, dans l'efficacité énergétique, l'architecture passive ou dans la végétalisation des rues", analyse Ana Terra Amorim-Maia. En France, le débat évolue sous la pression des canicules à répétition. Dans une note présentée le 10 juillet, le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan plaide pour la création d’une "armature du frais" dans les villes françaises, sur le modèle barcelonais. En plus des équipements publics, il propose comme "la création d’un régime de mise à disposition conventionnée des lieux privés climatisés, sur la base du volontariat et moyennant indemnisation publique dans certains cas". Une solution encore trop timide pour le PCF, qui a déposé une proposition de loi visant à permettre "la réquisition d’îlot de fraîcheur recevant du public lors des épisodes de canicule". Le texte cite notamment les théâtres, centres de congrès, grands équipements commerciaux ou espaces tertiaires vacants… "Il est absurde que les lieux climatisés restent vides et inaccessibles pendant que des gens crèvent de chaud chez eux", a défendu le sénateur communiste Ian Brossat. Les écoles, "l'éléphant au milieu de la pièce" Plutôt que de s'aventurer sur le terrain de la réquisition, potentiellement clivant, Antoine Poincaré, directeur de la Climate School d'Axa, appelle à optimiser l'utilisation bâti déjà détenu par les municipalités. "Les écoles sont l’éléphant au milieu de la pièce. Il est nécessaire de les climatiser pour permettre aux enfants d’apprendre dans de bonnes conditions, et de les utiliser comme refuges de fraîcheur le reste du temps, presse le coauteur de Gérer l’inévitable : repères face à la dérive climatique (éditions de l'Aube, 2026). C’est une mesure relativement simple et qui coche beaucoup de cases." D’autres évoquent aussi la mise à disposition de lieux naturellement frais qui, pour une large part, appartiennent déjà aux communes : les églises. Le collectif citoyen "Demain 50 °C" a lancé une pétition pour y organiser l’accueil des plus fragiles, en lien avec les diocèses et les associations. "Tout n’est qu’une question de volonté, de planification, et de coordination entre les acteurs de la ville, commente Clément Gaillard, spécialiste du design climatique, également en faveur de cette mesure. Mais au moins cela ne coûte pas des milliards d’euros." Ces lieux de fraîcheur gagneront en importance dans une France qui se réchauffe plus vite que le reste du monde. Mais la création d’un réseau robuste de refuges, permettant de réduire la mortalité lors des épisodes de fortes chaleurs, nécessite une politique publique engagée. "Ce sujet pose la question, plus vaste et valable toute l’année, du taux d’usage de nos bâtiments. Les utiliser davantage permettrait d’économiser des ressources, du chauffage ou de la climatisation, et de densifier nos vies à peu de frais, note Antoine Poincaré. Il faudrait considérer ces refuges climatiques comme on le ferait pour une autoroute, le rail ou les digues. Une infrastructure dans laquelle on investit et sur laquelle se construit une économie. Au-delà de la protection des habitants, les villes qui auront pensé un tel réseau seront celles qui s’en sortiront le mieux."

La ville de Barcelone est une référence mondiale sur la mise en place de lieux de proximité où se réfugier en cas de fortes chaleurs. En France, le débat évolue sous la pression des canicules à répétition.

Le bâtiment n’ouvre habituellement ses portes au public que deux fois dans l’année. La première en septembre pour les journées européennes du patrimoine. La seconde un mois plus tard, à l’occasion des journées nationales de l’architecture. Mais face aux épisodes caniculaires persistants, le Parti communiste (PCF) a permis à qui le voulait de se réfugier, le week-end dernier, dans son siège climatisé du 19e arrondissement parisien. Plusieurs milliers de personnes ont ainsi profité d’un moment au frais sous la coupole blanche imaginé par l’architecte brésilien Oscar Niemeyer....
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