La classe moyenne absorbe-t-elle les autres ou vole-t-elle en éclats?

Julien Damon - Slate FR - 16/02
Certains observateurs signalent l'inéluctable déclassement d'une partie des classes moyennes. D'autres les dépeignent en catégories en réalité supérieures, déguisant leurs privilèges.

Moyennisation et démoyennisation sont sur le bateau des sciences sociales. La moyennisation tombe à l'eau. Que reste-il sur le navire des notions pour décrire les dynamiques sociales? L'alternative n'est pas aussi enfantine. Il est cependant aisé d'observer que la moyennisation a été remplacée, dans les analyses académiques comme dans les débats publics, par la démoyennisation. Cette démoyennisation caractériserait l'histoire sociale en marche depuis la fin du XXe siècle.

La moyennisation, dont l'idée avait été énoncée par Tocqueville et les réalités décrites par le sociologue américain Robert Nisbet et le Français Henri Mendras, serait typique des Trente Glorieuses révolues. À cette époque, le décès des classes sociales en général s'annonçait régulièrement dans les revues et les colloques de sociologie.

Les classes moyennes, des catégories «ni ni»

Selon les mots de Henri Mendras, la classe moyenne était une vaste «constellation centrale» située entre une élite réduite et une classe populaire restreinte. La représentation, avec ses emblèmes typiques de l'automobile, du p...
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