La 'Pathétique' de Tchaïkovski, requiem pour un homme et pour un empire - RTBF Actus

Sarah Leonet - RTBF - 15/07
Dès les premières mesures, quelque chose d'étrange se produit dans la salle. Le premier mouvement emporte l'assistance...

Une symphonie aux allures de testament

Dès les premières mesures, quelque chose d'étrange se produit dans la salle. Le premier mouvement emporte l'assistance dans un mélange d'angoisse et de spiritualité difficile à définir. Et soudain, une référence surgit que personne n'attendait : celle du Requiem orthodoxe russe, ce chant traditionnellement interprété au-dessus du cercueil ouvert d'un défunt. Des frissons saisissent Modeste et son voisin Eduard Nápravník. Une ode aux morts, glissée au cœur d'une symphonie par le compositeur le plus adulé du pays, qu'est-ce que cela signifie ?

Le final achève de déstabiliser la salle. Là où toutes les conventions exigent un mouvement triomphant, Tchaïkovski impose un adagio désespéré qui s'éteint dans le silence. Les réactions dans le public sont partagées. Certains applaudissent avec retenue. D'autres semblent bouleversés. Modeste, lui, est saisi d'un pressentiment qu'il ne saurait expliquer. Son frère, sur scène, semble submergé par une émotion qui dépasse la simple fierté du compositeur.

Ce que personne ne sait encore, ce soir-là, c'est que Tchaïkovski vient peut-être de composer son propre requiem. Avait-il pressenti quelque chose ? Voulait-il dire adieu sans le dire vraiment ? Neuf jours plus tard, il mourut.

Peter Ilich Tchaikovsky (1840-1893) © Getty Images - Universal ImagesGroup

Un homme condamné à fuir

Pour comprendre ce que cache cette symphonie, il faut remonter quelques années en arrière et regarder en face la vie secrète de cet homme que la Russie entière célèbre. Tchaïkovski est homosexuel dans un empire où cette réalité peut détruire une carrière en un instant. Son mariage avec Antonina, une ancienne élève qui lui avait déclaré sa flamme par courrier, n'était qu'une tentative désespérée de faire taire les rumeurs. La cérémonie avait ressemblé à un enterrement. Quarante-huit heures après les noces, le compositeur avait pris la fuite, direction le Caucase. Il avait même tenté de mettre fin à ses jours dans les eaux de la Moskowa.

Sa survie, il la doit en grande partie à une relation épistolaire unique dans l'histoire de la musique. Madame von Meck, riche mécène, le finance depuis des années pour qu'il puisse vivre de son art sans se soucier du lendemain. Ils ne se sont jamais rencontrés. Cette correspondance dévore tout, remplace tout, permet au compositeur de composer loin des scandal...
[Courte citation de 8% de l'article original]

Loading...