"Comment peut-on être Persan ?" Le jeune professeur du lycée Razi, l’établissement francophone de Téhéran, pose la fameuse question extraite des célèbres Lettres persanes de Montesquieu. En cet automne 1979, les élèves, issus pour la plupart de la bourgeoisie francophone de la capitale, l’écoutent avec attention. "Réfléchissez-y pour la semaine prochaine !", recommande l’enseignant.
Dans la classe, la jeune Sorour Kasmaï, de père journaliste et traducteur de français et de mère peintre, n’a pas encore fêté ses 17 ans. Mais il n’y aura pas de semaine prochaine. Le 4 novembre 1979, l’ambassade américaine de Téhéran est attaquée.
À 19 ans, elle distribue des tracts contre les maîtres de Téhéran
Le lycée Razi, mixte et laïque, en sursis depuis avril de la même année, date de l’instauration de la République islamique, met aussitôt la clé sous la porte. Dès lors, confie Sorour Kasmaï, qui vit aujourd’hui en France, "je n’ai pas cessé de m’interroger sur cette formule : Comment peut-on être Persan ?”