A Londres, dans la boutique d'un musée, parmi les souvenirs, jouets, cadeaux et objets que vous achetez en sortant, se trouve une météorite de 3,5 tonnes.
Ce n’est pas un petit espace qui rentre dans une vitrine. Ce n’est pas une pierre que l’on regarde pendant quelques secondes et qu’on avance. Il s'agit de Cranbourne n°1, autrefois la plus grande météorite connue de ce type au monde, un corps qui a voyagé pendant une durée inimaginable dans l'univers, a brûlé dans l'atmosphère, est tombé sur Terre près de l'actuelle Melbourne et, après une route coloniale pleine de propriétés, de marchés, de prestige scientifique et de violence culturelle, s'est retrouvé au Musée d'histoire naturelle de Londres.
Pas dans une grande salle. Pas comme exposition centrale. Dans un magasin.
L’ironie est d’autant plus frappante que le Muséum d’histoire naturelle possède l’une des plus importantes collections de météorites au monde, avec quelque 2 000 météorites réparties sur 5 000 spécimens enregistrés. Cranbourne n°1 n’est pas dans un endroit où il ne sait pas ce qu’il a entre les mains. Il se dresse dans l’un des grands temples de l’histoire naturelle. Et pourtant, aujourd’hui, son image la plus chargée n’est pas celle d’un corps céleste dans un grand récit de l’univers, mais celle d’un rocher venu des étoiles parmi les objets de musée.
Cette image est presque absurde : une météorite de 3,5 tonnes, site sacré pour les Bunurong, objet d'admiration scientifique et de revendication coloniale, se dressant là où les visiteurs passent pour acheter quelque chose avant de repartir. Et autour de lui se déplacent des gens qui ne savent peut-être pas que devant eux ne se trouve pas seulement une météorite, mais le cœur d'une ...
[Courte citation de 8% de l'article original]