Que l’on me pardonne d’enfreindre, pour une fois, la pudeur de la règle commune en écrivant à la première personne. Je m’en excuse presque, tant ce choix engage davantage la subjectivité que la distance habituelle du texte public. Mais il est des moments où l’analyse froide ne suffit plus, où le « Je » devient le seul refuge d’une parole sincère. Non par goût de l’exposition, mais parce qu’il arrive un temps où se cacher derrière des formules générales revient à trahir ce que l’on ressent profondément.
Je connais, comme chacun d’entre nous, la tentation du silence. Je sais ce qu’elle protège. Elle protège la tranquillité, l’image, parfois même la sécurité et les intérêts personnels. Elle murmure aux consciences fatiguées que parler ne sert à rien, que le courage est une dépense inutile et que le destin de la Nation se décide loin des paroles des simples citoyens.
Je ne suis ni naïf, ni habité par une quelconque vocation au martyre. Je pourrais me taire, comme tant d’autres. Me convaincre que les mots s’écrasent sur la réalité, que les...
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