Ce 14 juillet 1790, Paris est sous la pluie. Au Champ-de-Mars, des dizaines de milliers de fédérés venus de toutes les régions du pays sont réunis pour célébrer la toute jeune Constitution, qui mènera à la Première République. Douze cents musiciens jouent presque en vain sous les rafales. Les vêtements sont trempés, la boue envahit le terrain. Peu importe. On célèbre, on danse.
Comme le raconte Jules Michelet, c’est « le mariage de la France avec la France » : « la Bretagne danse avec la Bourgogne, la Flandre avec les Pyrénées ». Une fête de la musique géante. Ou peut-être une victoire à la Coupe du monde de football ! Les embrassades se multiplient. Les vainqueurs de la Bastille sont allés accueillir les Bretons jusqu’à Versailles. Les Parisiens, pourtant logés à l’étroit, ouvrent leurs portes aux visiteurs venus de toute la France. Partout règne un sentiment de fraternité inédit. Cette journée fondatrice de l’esprit de la République nous dit quelque chose d’essentiel sur notre pays.
La République ne s’esquisse pas comme une communauté de sang, d’origine ou de religion. Elle se présente comme une rencontre. Une alliance entre des provinces différentes, des accents différents, des traditions différentes, qui décident librement de former une même nation politique. Citoyennes et citoyens libres et fraternels parce qu’égaux, pour la première fois.
Mieux encore : au milieu de la fête se trouvent aussi des Européens. Des Belges, des Savoyards, des réfugiés venus d’Angleterre, de Prusse, de Hollande ou d’Autriche. Tous ces peuples étrangers, o...
[Courte citation de 8% de l'article original]