Immigration : Belfast, ou le cri d’un peuple qu’on prétend fantôme

Adrien Renouard - Valeurs Actuelles - 14/06
Dans les rues de Belfast, ce n’est pas la fureur aveugle qui s’est levée le 9 juin 2026, mais le hurlement d’un corps social exsangue. Un homme de quarante-quatre ans,...

Dans les rues de Belfast, ce n’est pas la fureur aveugle qui s’est levée le 9 juin 2026, mais le hurlement d’un corps social exsangue. Un homme de quarante-quatre ans, Stephen Ogilvie, vulnérable, marqué par des difficultés d’apprentissage, gît sur le pavé de Kinnaird Avenue, lardé de coups de couteau par Hadi Alodid, Soudanais de trente ans, réfugié arrivé en 2023. L’œil perdu, le visage et le dos tailladés comme dans une abominable tentative de décapitation tout droit sortie d’un Goya enragé. La vidéo, brute, circule. Et la ville s’embrase. Pas par caprice, mais par saturation. Des maisons brûlent, des voitures, un bus ; des familles évacuées dans la nuit. La police, canon à eau en batterie, tente de contenir ce qui ressemble moins à une émeute qu’à un spasme de désespoir collectif.

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Ces émeutes de Belfast, par leur ampleur, leur durée sur plusieurs nuits et leur violence soutenue, sont inédites dans le paysage nord-irlandais récent. Elles ne sont pas un feu de paille : elles durent, elles se propagent, elles marquent les esprits. Et elles sont regardées, avec une intensité mêlée d’espoir et de fraternité sombre, par les autres peuples européens, eux aussi envahis, conquis et agressés tous les jours par les conquérants racisés. De Paris à Stockholm, de Rome...
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