Alison Morano, anthropologue : « Le rapport à l’altérité à Mayotte n’est pas aussi évident » - Mayotte Hebdo

Nadhuir Mohamady - Mayotte Hebdo - 13/06
Paru aux éditions Karthala, Des jeunesses précaires à Mayotte. Exclusions et rapports d’altérité post-frontières est un ouvrage scientifique de l’anthropologue Alison Morano. Chercheuse et résidente de l’île depuis plus de dix ans, l’auteure y analyse les différentes figures des jeunesses précaires à Mayotte, confrontées à des mécanismes d’exclusion et à…

Paru aux éditions Karthala, Des jeunesses précaires à Mayotte. Exclusions et rapports d’altérité post-frontières est un ouvrage scientifique de l’anthropologue Alison Morano. Chercheuse et résidente de l’île depuis plus de dix ans, l’auteure y analyse les différentes figures des jeunesses précaires à Mayotte, confrontées à des mécanismes d’exclusion et à des rapports d’altérité complexes, dans un contexte marqué par l’instauration de frontières politiques et administratives.

Flash-Infos : Quelle méthodologie avez-vous adoptée pour mener vos recherches et depuis combien de temps travaillez-vous sur la question des jeunesses précaires à Mayotte ?

Alison Morano : Cet ouvrage est issu de ma thèse. J’en ai conservé le cœur, un travail que j’ai commencé en 2018 et soutenu en 2023. Pendant toute la durée de ma thèse, j’ai également enseigné en tant que contractuelle dans le second degré.

J’avais toutefois commencé à travailler sur ces questions dès mon master. Je vis à Mayotte depuis 2015 et je m’intéresse aux catégories de l’enfance en danger et des jeunesses précaires. J’ai été en stage à l’Aide sociale à l’enfance (ASE), ce qui m’a permis d’acquérir de nombreux éléments de compréhension concernant les dispositifs de prise en charge ainsi que les difficultés rencontrées par les professionnels.

J’ai également beaucoup investi les milieux associatifs, en y occupant différentes positions : volontaire, stagiaire ou bénévole. Cela m’a donné l’opportunité de me constituer un réseau et d’intégrer des équipes sur le long terme. J’ai notamment animé, chaque semaine et pendant plusieurs années, des ateliers auprès d’enfants non scolarisés.

Le fait de rester durablement sur le territoire m’a permis de suivre les parcours des enfants et des jeunes rencontrés dans différents espaces d’enquête. J’ai réalisé de nombreux entretiens et travaillé principalement à partir d’une méthodologie d’observation participante. J’ai parfois interrogé les mêmes personnes à plusieurs reprises sur plusieurs années : certains avaient 15 ans lors de nos premiers échanges et en ont aujourd’hui 25.

J’ai aussi eu la chance d’être très bien accueillie par la population mahoraise et d’être intégrée au sein de ma famille mahoraise. Cela m’a permis d’échanger avec des Mahorais ayant connu la période précédant l’instauration ...
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