Génocide rwandais: La Suisse face à son rôle controversé

Le Matin - 11/06
Au cours des années qui ont mené au pire génocide depuis la Shoah, la Suisse officielle savait beaucoup de choses, rappelle Paul-Henri Arni. Pour ne pas oublier.

800'000 à un million de personnes ont été massacrées en 1994 au Rwanda, en trois mois.

AFP

Au cours des années qui ont mené au pire génocide depuis la Shoah (800'000 à un million de morts au Rwanda, tués en trois mois), la Suisse officielle savait beaucoup de choses. Berne a développé une coopération étroite avec le régime rwandais pendant 35 ans, jusqu’au génocide de 1994. Un haut fonctionnaire suisse, payé par Berne, a conseillé les présidents rwandais successifs. L’un d’eux, Charles Jeanneret, lui écrivait ses discours. L’archevêque de ce petit pays d’Afrique de l’Est, où l’Eglise catholique joue un rôle central, a longtemps été Monseigneur André Perraudin, un Valaisan. La Suisse savait depuis les massacres de 1963 que le Rwanda était sur une trajectoire explosive de tensions raciales entre majorité hutue et minorité tutsie. Elle a choisi de fermer les yeux. Les massacres contre les civils tutsis ont été encouragés et rendus possibles par une propagande d’État, que Mgr Perraudin et la coopération suisse ont validée jusqu’au bout, en inversant les responsabilités pour accuser les Tutsis réfugiés à l’étranger de tous les maux. Pourquoi la Suisse a-t-elle maintenu ce double rôle de conseiller et de coopérant avec un régime qui basait toute sa politique depuis trente ans sur la ségrégation raciale? Pourquoi Berne n’a pas voulu voir le caractère extrémiste du discours officiel rwandais et a continué à défendre...
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