La crise de l’eau au Pakistan est réelle. Mais la cause n’est pas aussi simple que celle qu’Islamabad ne cesse de répéter.
Depuis que l’Inde a suspendu le Traité des eaux de l’Indus en avril 2025 après l’attaque terroriste de Pahalgam, les dirigeants civils et militaires du Pakistan ont présenté cette décision comme une attaque contre la bouée de sauvetage nationale du pays. L’inquiétude n’est pas imaginaire. Le Traité des eaux de l’Indus, négocié par la Banque mondiale en 1960, régit depuis plus de six décennies le partage du système fluvial de l’Indus entre l’Inde et le Pakistan. En vertu du traité, les fleuves occidentaux, l’Indus, le Jhelum et le Chenab, ont été attribués en grande partie à l’usage du Pakistan, tandis que les fleuves orientaux, Ravi, Beas et Sutlej, ont été attribués à l’Inde.
Pour le Pakistan, le traité est profondément lié à l’agriculture, à la sécurité alimentaire, à l’hydroélectricité et à la survie nationale. Selon Reuters, environ 80 pour cent de l’agriculture pakistanaise dépend du système fluvial régi par le traité. Cela explique pourquoi la décision de l’Inde a suscité l’inquiétude à Islamabad et la panique parmi les agriculteurs. Mais l’alarme n’est pas la même chose que l’analyse. La suspension du traité constitue peut-être une grave escalade diplomatique, mais elle n’est pas la cause première de la crise de l’eau au Pakistan.
Les rivières du Pakistan ne sont pas à court d’eau uniquement à cause d’un voisin en amont. Ils s’épuisent parce que l’État pakistanais a passé des décennies à ne pas stocker l’eau qu’il contrôle déjà, à moderniser son système d’irrigation, à protéger le delta de l’Indus et à répartir équitablement la pénurie entre ses propres provinces. La décision de l’Inde a donné à Islamabad un puissant alibi extérieur. La crise la plus profonde reste toutefois intérieure.
L’Institut Clingendael, basé à La Haye, a décrit la décision indienne d’avril 2025 comme une « pause de la coopération, et non une fin », et a noté que la suspension faisait suite à l’attaque de Pahalgam et avait été encadrée par New Delhi en termes de sécurité nationale. D'autres analystes ont également souligné que l'Inde ne dispose pas de l'infrastructure immédiate nécessaire pour arrêter ou détourner complètement les fleuves occidentaux. En d’autres termes, la mesure est sérieuse, mais son effet hydrologique à court terme est limité. Il s’agit plus d’un signal stratégique que d’une coupure instantanée.
Les dirigeants pakistanais ont néanmoins intensifié leur discours visant à placer la crise hydrique plus vaste du pays à la porte de l’Inde. Ce récit est politiquement utile car il rallie le public autour d’une menace extérieure. Cela permet également à l’État d’éviter des questions plus difficiles concernant des décennies de mauvaise gestion, de sto...
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