« J’ai écouté tes maquettes et il faut que je te le dise : tu es complètement à contre-courant, tu prends tous les sens interdits, mais je vais bien sûr te produire. » La phrase du producteur Jean-Philippe Allard adressée à Areski Belkacem avant la sortie de son dernier album, le remarquable Long Courrier, pourrait résumer la trajectoire du musicien décédé mardi dans sa 87e année. Inclassable, intuitif, rétif à tout formalisme, l’homme dégageait une séduction immédiate et sa musique un parfum de mystère.
Sans s’exposer outre mesure, en toute discrétion, il aura entrepris un long vagabondage en territoires musicaux inconnus, défrichés avec sa muse et compagne Brigitte Fontaine pendant plus d’un demi-siècle. Areski, comme on l’appelle vite, se confiait volontiers sur son enfance passée à Versailles, ville des rois où il voit le jour en 1940 dans une famille de bistrotiers kabyles.
Chaque vendredi soir, le gamin trépigne d’impatience dans l’attente des concerts qui animaient le restaurant familial, avec des musiciens d’ici et d’ailleurs, rythmes chaabi et ritournelles de Trenet. Sans oublier les orgues de la cathédrale Saint-Louis qu’il allait espionner et dont les accords majestueux lui resteront en mémoire.
« Long courrier » d’Areski Belkacem : un album rêveur et d’une intense poésie
Il entame sa vie de jeune homme en saltimbanque, s’essaye au théâtre et à différents instruments, jusqu’à faire la rencontre déterminante d’un camarade de régiment, Jacques Higelin, bientôt frère pour la vie. Ils enregistrent ensemble Higelin et Areski en 1969, prem...
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