Pourquoi l’Afrique – et le monde – restent dangereusement mal préparés à la prochaine pandémie

Oyewale Tomori - TheConversation-Europe - 31/05
Les étapes décrites dans le rapport sur la préparation mondiale à une pandémie sont d’une importance vitale pour gérer les futures épidémies.

Alors que la nouvelle de l’épidémie d’Ebola se répandait à la mi-mai 2026, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié un rapport sur les pandémies. Le titre était : Un monde à la limite : priorités pour un avenir résilient aux pandémies.

Le document a été préparé par le Conseil mondial de suivi de la préparation de l’OMS. Il explique pourquoi le monde n’est pas mieux préparé aux pandémies, une décennie après qu’Ebola ait révélé des lacunes dangereuses. Et six ans après que la COVID-19 ait transformé ces écarts en une catastrophe mondiale.

Il ajoute que les investissements dans la préparation aux pandémies n’ont pas suivi le rythme du risque croissant de pandémie.

Le Conseil mondial de suivi de la préparation est un organisme indépendant de suivi et de responsabilisation créé en 2018 par l’OMS et la Banque mondiale. L’objectif était de renforcer la préparation aux crises sanitaires mondiales. Il est composé de dirigeants politiques, de directeurs d’agences et d’experts de renommée mondiale. Sa tâche est de fournir des évaluations des progrès mondiaux dans le renforcement et le maintien des capacités de prévention, de détection et de réponse aux urgences sanitaires.

Le rapport a été publié lors d’une autre épidémie d’Ebola. Cette fois, en commençant par la République Démocratique du Congo. Le 17 mai, l'OMS a déclaré l'épidémie une urgence de santé publique de portée internationale. Cela signifie qu’il s’agit d’un risque pour de nombreux pays en raison de sa propagation internationale et nécessite donc des efforts coordonnés à l’échelle mondiale.

En tant que virologue et ancien administrateur de la santé mondiale, je pense que le diagnostic et les recommandations du comité de surveillance sont d’une importance vitale pour la gestion des pandémies.

Ma première observation à propos du rapport est que ses recommandations restent largement non mises en œuvre par de nombreux pays. Cela est particulièrement vrai en Afrique, où les pandémies se multiplient et où les épidémies font rage et font des ravages.

L’Afrique doit particulièrement renforcer la confiance dans sa propre capacité à se préparer et à prévenir les épidémies, et à les contrôler lorsqu’elles surviennent.

Pour y parvenir, et conformément aux recommandations, l’Afrique doit soutenir :

  • surveillance indépendante des risques de pandémie

  • capacité et rétention du personnel de santé

  • accès équitable aux contre-mesures telles que les vaccins

  • financement

  • attention politique.

Surveillance indépendante des risques de pandémie

En utilisant les ressources et le financement locaux, les pays africains doivent s’approprier la solution en matière de santé en établissant des systèmes de données qui soutiennent la souveraineté sanitaire.

Ils doivent également veiller à ce que les données issues de la surveillance, de la recherche et du traitement des agents pathogènes soient gérées de manière sécurisée et responsables devant les institutions africaines plutôt que devant des entités étrangères. Les récents accords avec les États-Unis ont mis cette question au premier plan. Certains demandaient aux pays africains de renoncer à leurs données de santé ou de libérer prodiguement leurs précieux agents pathogènes dans le cadre d’un troc contre le financement des donateurs.

Mais les données de santé constituent un atout inestimable pour la santé publique, la gestion clinique et la recherche. Ils aident les pays à identifier les maladies et à développer des vaccins et des traitements.

Les pays africains devraient plutôt mobiliser des fonds de contrepartie de source locale. Ceux-ci devraient être utilisés pour créer un environnement local permettant de soutenir et de renforcer la capacité des scientifiques et des chercheurs autochtones à développer des innovations à partir d'agents pathogènes nationaux/naturels pour des bénéfices mondiaux.

Deux institutions de santé africaines devraient être au centre de ces efforts : la Région OMS-Afrique et les Centres africains de contrôle des maladies, une agence de l'Union africaine. Ils ne doivent pas rivaliser, mais collaborer et diriger ces efforts grâce à un contrôle centralisé des maladies et à des fiches de suivi.

Agents de santé

Favoriser le bien-être du personnel de santé se traduit par une croissance, une productivité plus élevée, une fierté et une loyauté nationales.

Cela contribue également à la rétention à long terme des agents de santé.

Les pays africains doivent donner la priorité au maintien des capacités plutôt qu’au renforcement des capacités. Ils doivent créer et maintenir un environnement de travail propice qui implique un espace de travail physique et une sécurité psychologique.

La disponibilité de ressources adéquates est nécessaire pour fonctionner de manière efficace et productive. Cela comprend du matériel, des installations de laboratoire, des fournitures, des réactifs et des consommables pour le personnel de santé et les chercheurs africains formés.

Dans de telles conditions favorables, le personnel de santé peut se concentrer sur les problèmes de santé pertinents et locaux et y trouver des solutions appropriées.

Accès équitable aux contre-mesures

L’Afrique ne doit pas faire de compromis sur la ratification des pactes internationaux en matière de santé qui garantissent un transfert de technologie équitable, des dérogations à la propriété intellectuelle et une fabrication régionale solide.

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Les pays doivent également développer la production locale de kits de diagnostic de laboratoire, de vaccins et de fournitures médicales ainsi que de produits non médicaux. Il s'agit notamment de gants, d'équipements de protection individuelle et de masques.

Cela réduira la dépendance à l’égard des dons externes et des chaînes d’approvisionnement pendant et hors des crises mondiales.

Financement durable

Le plus grand défi pour de nombreux pays africains est le gaspillage des ressources disponibles et les dépenses consacrées à des priorités mal placées.

Pour y remédier, les gouvernements doivent s’engager à investir durablement dans les soins de santé. Dans le même temps, ils doivent recourir à un financement mixte (impliquant à la fois les secteurs public et privé) pour combler les déficits restants. Des initiatives telles que le Fonds africain contre les épidémies offrent un modèle pratique pour constituer des réserves financières en vue de réponses rapides et dirigées au niveau local. Le fonds, lancé en 2025, est conçu pour mobiliser des fonds pour soutenir les efforts de préparation et de réponse visant à lutter contre les menaces pour la santé publique sur le continent. Le Fonds africain contre les épidémies, bien que relativement nouveau, doit fonctionner au plus haut niveau de responsabilité. Il doit fournir des mises à jour régulières sur les contributions, les projets soutenus et leur impact sur la préparation, la prévention et le contrôle des maladies en Afrique.

Une attention politique soutenue

Les dirigeants africains doivent maintenir la préparation à la pandémie en tête de leur agenda politique afin de garantir une allocation continue des ressources et une responsabilisation. Le plaidoyer en faveur de la préparation doit aller au-delà des slogans de campagne politique. Elle doit être pilotée par des organismes régionaux comme l’Union africaine. Les pays doivent ensuite traduire leurs engagements en politiques nationales concrètes.

Il ne peut y avoir de répit ni de congé dans la préparation à une pandémie.

Les dirigeants politiques et les élites africains, aux niveaux continental, national et infranational, ont un rôle crucial à jouer pour parvenir à un engagement et une participation communautaires fiables en vue d’une préparation réussie et fiable à une pandémie. Par-dessus tout, il doit y avoir un engagement et une participation active de la communauté.

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