Une mélodie entêtante s'élève, dépouillée de tout artifice. Pas de accords de piano massifs, aucune envolée de guitare pour ouvrir le bal : juste quelques notes isolées. Billy Joel débute son nouvel enregistrement par un simple sifflement, une idée fixe qui hante ses nuits depuis des années à travers un rêve récurrent dont il ne saisit pas le sens. Ce motif mystérieux pose immédiatement le décor d'une œuvre hantée par l'altérité et les secrets enfouis. À cette époque, l'ambiance en coulisses s'avère pourtant pesante. La maison de disques Columbia Records refuse de miser le moindre centime sur ce projet, affichant une indifférence glaciale qui confine au désaveu.
À vingt-huit ans, le songwriter se retrouve dos au mur. Son parcours compte déjà quatre albums, mais les ventes de ses dernières productions stagnent dangereusement. Son label tolère encore sa présence, mais cette patience polie cache une absence totale de soutien financier et promotionnel. Son précédent essai, Turnstiles, a péniblement atteint la 122e place du Billboard 200. Pour le musicien, l'enjeu devient limpide : The Stranger sera la rupture définitive ou le triomphe absolu.
Pour retrouver l'inspiration, l'artiste opère une bifurcation géographique et mentale salutaire. Il plaque la lumière artificielle de Los Angeles, une cité dont la superficialité l'étouffe, ...
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